08 décembre 2009

Veillée d'arme

J'ai une PUTAIN d'angine.
Aujourd'hui !
La veille de demain !
J'ai besoin de dire que je suis énervé ?



Mais allez.
Passés quelques coups de téléphone (studio, batteur, bassiste, choriste, photographe, docteur), on s'arrange.
Ce qui m'embête, c'est que j'ai mal à la gorge.
Et ce qui m'embête, c'est que le docteur (faut-il que je me sente malade pour appeler le docteur), quand je lui ai dit que je venais que demain, il s'est écrié :
Avec une angine ?!?

Il m'a mis le doute là !
Et je commence déjà à fébriler, à trembler, à avoir faim sans pouvoir rien avaler, avec en point de mire la surveillance de l'examen de mes M1 cette après-midi et en point d'orgue ... je le sais bien ... ma veillée d'arme.
La dernière fois, mon corps m'a montré. Il m'a dit :
Tu te souviens les médicaments qui nous ont volé nos douleurs ? Et bêinh voilà.

Il a gagné. A 4h, tremblant, bouillant, j'ai cédé et j'ai pris un aspirine.

Et ce soir, je sais que ça va se reproduire. Comme en Mars. Mes angines marquent l'hiver. Les signes avant-coureurs sont là. Les mains froides, l'impossibilité de se concentrer, évidemment ce mal à la gorge, les Drills qui n'agissent pas ... Un défi de plus. Angine-Olivier, 2ème round !

Je vais me blinder.
Je vais m'enfermer dans mon Fort Alamo, me réfugier dans mon bastion, me défendre dans mes mines de la Moria. Dans la chambre de mes filles, dans un lit une place, caché sous les couvertures, réfugié sous la couette, je vais lutter. J'aurais mes armes avec moi : du Fervex pour attaquer et j'irai acheter du Pastis ou du rhum pour déchaîner les enfers. Je mettrai mon armure-aspirine et j'aurai mon bouclier-Drill à portée de main. Et j'aurais, je le sais, l'esprit de mes proches avec moi.
Je sais que tu vas attaquer, fort. Comme la dernière fois. Et comme en Mai 96. Je me souviens de toi. Viens avec tes copines, parce que je ne te décevrai pas.
Je te connais, tu vas commencer par m'harrasser en fin de journée. Tu jubileras parce que je n'aurai pas pu reprendre des forces dans le bus qui ne me ramènera pas du travail ce soir. Et tu attaqueras dans l'amphi, quand je me concentrerai pour éviter, sacrilège, que mes étudiants ne trichent (à quoi bon, puisque la vie, de toutes façons, est une immense tricherie ?). Peut-être même avant. Peut-être que le dentiste t'aura vu. Tu vas me vider de mes forces pour que je rentre titubant chez moi. Et je reprendrai des forces, même si ça fait mal à la gorge, ta faille, ma crainte.
Pendant une heure, nous nous observerons en chiens de faïence, n'osant bouger, n'osant engager le combat. Qui attaquera en premier ? Tu feras mine de partir. Et je ne te croirais plus. Combien de fois est-ce que tu m'as eu avec ce petit stratagème ... Ca sera juste mon corps qui se redressera par orgueil, pendant que le noir entourera tout. Chambre, chaleur, ciel ... la nuit viendra, irrésistible. Même le soleil lui cède. Là, tu auras ta première victoire, ou j'appliquerai ma première stratégie : j'irai me coucher.
Tu me réveilleras, je le sais. Tu vas me réveiller. Pendant ces 4 heures, tu auras fomenté, grossi, construit, pour me réveiller, sous la douleur et la fièvre. Tu essaieras d'y ajouter la fatigue. Et c'est là que le combat final commencera. Tu mordras de partout, je t'inonderai de poison. Tu pèseras de tout ton poids microscopique, j'appelerai mes alliés moléculés. Tu partiras à l'assaut de mes lymphocites, mes phagocytes te dévoreront. Et plus tu m'affaibliras, plus je ferai brûler mon for intérieur. On verra si tu fais encore ta maline à 39.
Et à 40 ? Tu résistes à 40 ?

Comme le scorpion pris dans l'incendie, je ne saurai plus très bien ce que je fais ici. Peut-être même que je m'endormirai encore, avec le réacteur en chaîne encore en activité.
Et demain matin, je me réveillerai. En sueur et exténué. Avec ma gueule des mauvais jours et des cernes sous les yeux (oui, demain je ne serai pas séduisant. qu'on se le dise !)

Et je t'aurai maté.



Et si ça ne suffit pas, j'ai pris rendez-vous avec le docteur.



NB : je me suis amusé, hein. Ce n'est qu'une angine.
Si seulement les maladies se géraient comme on écrit une nouvelle ... qui finit bien, s'il vous plaît, qui finit bien. Il n'y a guère que dans la vie où les happy-ends à l'américaine sont bienvenus.

Edit du 11/12 : Bon OK j'ai souffert. 2 nuits à 40, j'ai encore un peu de mal à parler, et en 16 ans, j'ai perdu 1kg. Mais j'ai gagné. Je te l'avais dit, non ? Ah ! Je t'avais pas dit que je prendrais des antibiotiques ? C'est aussi ça la guerre. C'est aussi ça la dissuasion. Comme Maverick, je te promets que je vais perdre pendant 1 heure, et je bluffe rarement.
Mais allez va, jubile !
Parce que je suppose que c'était comme ça, il y a 200 ans, qu'on mourrait. A cause d'une angine. D'un simple petit rhume qui dégénère. Il y a 200 ans, tu m'aurais tué. 2 fois.
Il en a fallu des progrès pour que l'expression "attraper un rhume" remplace "attraper la mort". Et quand on a dit ça, on a tout dit.