MediaMolecule, le "formidable" développeur de LittleBigPlanet, le jeu avec des petits bonshommes en mousse, appelle à une baisse de prix de la PS3. Une bonne idée ?
La PS3 était beaucoup trop chère à sa conception et à sa sortie : 600$. Après une spectaculaire baisse de prix, elles est beaucoup trop chère : 400$. Et ça ,c'était avant la "crise". Rassurez-vous, hein, il s'en vend quand même pas mal. Les hardcore-gamers ont demandé une baisse des prix. La demande est particulièrement justifiée tant l'écart de performances avec une XBox 360 (200€ environ) n'est pas flagrant, parfois même en faveur de ... la machine de Microsoft (j'ai eu du mal à écrire cela !). A ce titre, Peter Moore, alors superviseur de la division XBox chez Microsoft avait vu juste :
Je crois qu'à terme les consommateurs auront 2 consoles chez eux : la Wii et la XBox360.
Il avait raison. On peut reprocher beaucoup de choses à Peter Moore, mais il avait senti venir la déferlante Wii avant tout le monde, avant même Nintendo, qui continuait la R&D sur sa WiiMote uniquement pour rassurer les actionnaires, largement déçus par la Gamecube. Il avait senti venir la vague casual. Mais soyons honnêtes, je ne pense pas que quiconque, même pas lui, ait correctement évaluée l'ampleur de cette vague.
Même a posteriori, les acteurs du jeu-vidéo, en tous cas français, ne l'ont pas bien compris. Jeux-video.com faisait récemment un article sur les 5 raisons du succès de la Wii. Ils ne parlent du casual qu'en 4ème position, et ne parlent pas de la vente pyramidale (la console en elle-même, puis la WiiFit).
Ainsi, une fois n'est pas coutume, c'est Microsoft qui représente la meilleure continuité dans le monde des consoles. Sega a disparu, Nintendo est revenu à son métier originel (distraire la famille, donc fabriquer des jeux de cartes) et, paradoxalement, Sony s'est orienté vers ce effacé la Sega Saturn devant la Playstation : une architecture très difficile à développer. Rappelons-nous de Yu Suzuki, grand maître de la programmation des machines Sega, qui disait :
I think that only 1 in 100 programmers are good enough to get this kind of speed [nearly double] out of the Saturn.
L'architecture technique très compliquée de la Saturn, et par voix de conséquence, son prix, avait empêché Sega de triompher sur le marché des 32-bits, et avait créé un trou financier gigantesque que les très bonnes ventes de la Dreamcast n'ont pas réussi à combler assez rapidement. Et en 2001, Sega a fermé ses portes en tant que constructeur de consoles.
Qu'est-ce qu'il y avait dans la Saturn ? 2 processeurs, 2 types de mémoires, 2 VDP (puces d'affichage), un DSP (calculs 3D), ... Il faut se lever tôt pour tirer partie correctement de tout cela. Personnellement, avec la 32X, je dois me lever très tôt pour faire quelque chose de décent alors qu'elle n'a que 2 processeurs ! Tous ces composants apportent une puissance colossale ... sur le papier ! Dans la pratique, si les développeurs ne savent pas l'utiliser, ou ne peuvent pas, faute de planning ou d'ambition éditoriale, on reste avec un gros grille-pain (parce qu'il chauffe beaucoup) ou un ventilateur (parce qu'il fait beaucoup de bruit). Capable, comme pour la PS3 et deux logiciels - non ludiques - de prévoir les tremblements de terre ou les erreurs de protéines, soit, mais pas plus. La PS3 a plus sa place dans un labo de recherche que dans le salon d'un homme de 25-35 ans, coeur de marché de SCE (Sony Computer Entertainment). Et pas besoin d'espérer grand chose du compilateur : comment faire des méta-outils quand on est même pas capable de faire un outil ?
Avec la PS3, qu'est-ce qu'on a ? Un CPU composé grossièrement d'un PowerPC traditionnel et de 6 processeurs spécialisés SIMD de 128bits, orchestrés par le premier. Déjà, juste pour le CPU, c'est l'enfer ! Mais ça se complique avec le GPU (partie graphique). Le GPU de la PS2 avait été largement critiqué pour sa difficulté de programmation (Reality Engine, pas moins de 16 pixel pipielines ... quand je trouvais que 2 CPU c'était dur à programmer et synchroniser !), Sony a entendu et a livré un composant vidéo (Reality Synthetizer) ... encore plus dur à programmer !!! Comme la Saturn, la PS3 est un paradis potentiel pour les joueurs ... qu'on arrive pas vraiment à exploiter à fond.
Mais, si ma mémoire est exacte, il en a toujours été plus ou moins de même avec les autres machines. Acidric Briztou, dans le numéro 66 de Tilt, ne s'indignait-il pas de la faible exploitation du potentiel de l'Atari ST ?
La partie hardware de la PS3 est un énorme gaspillage, soit. A noter que la X-box 360 n'est pas reluisante pour autant. Entendons-nous bien : avec la X360, aucun risque n'a été pris. Il s'agit simplement d'un bon PC optimisé - un peu - pour le jeu. Le CPU n'est pas un x86, mais les autres composants sont les mêmes que ceux présents dans la machine qui vous permet de lire cet article, Mac y compris ! Ca me rappelle quand Ars avait parlé de la fin du PowerPC chez Apple :
Nous n'aurons plus jamais des processeurs plus lents que les PC, mais nous n'en aurons plus jamais de plus rapides.
La Xbox 360 est, à ce titre, le choix le plus frileux, et en ces temps de "crise" (je le remets entre guillemets à dessein), le choix le plus raisonnable dans une offre matérielle aphone.
Nous avons vu le matériel, voyons le logiciel à présent.
Là encore, si la mémoire doit nous servir à quelque chose, souvenons-nous du Guide 90 de Tilt, n°72S. Ne trouvions-nous pas dedans Eric Carbera s'inquiéter :
En effet, à la vitesse où vont les choses, nous serons bientôt les consommateurs passifs d'un R-Type 10 ou d'un Vigilante 14.
? Regardez la page d'accueil de la section jeux-vidéo de la Fnac, Alapage ou Amazon. Combien de non-suite ? Combien de jeux hors-franchise ? Combien d'éditeurs différents ? Je n'ai même pas parlé du casual tellement il n'est pour moi pas jeu.
Le software n'existe plus !
Mais revenons à MediaMolecule, développeur d'un jeu à succès, presqu'aussi original que Pikmin sorti ... il y a 7 ans !
Ils appellent à une baisse de prix de la PS3. A ce titre, je ne peux qu'applaudir. Dans le marché actuel, la seule embellie en terme de puissance, et le seul effet pionnier ne peut venir que de là. Sauf ... voici leur justification :
[Sony] had their casual gaming audience on the PS2, and they have to translate that over to PS3 now.
Déjà, j'aimerais qu'ils me disent en quoi le casual, hors Guitar Hero (d'ailleurs les revenus de son éditeur, Activision, sont plus importants sur PS2 que sur PS3 !), est actif sur PS2. La PS2 survit dans 3 niches bien précises :
- les consoles "pas chères", la PS2 coûte aujourd'hui entre 100 et 130€ la console
- les consoles "je sais pas quoi acheter", où l'exploitation du nom a bien fonctionné, surtout en France.
- les consoles pour le jeu spécifique, la PS2 reste en effet un domaine très fermé de jeux d'une certaine catégorie, RPG en tête.
Mais bon, mettons que Alex Evans, directeur technique, ait voulu dire simplement "transférer le marché de la PS2 sur celui de la PS3". Et bêinh c'est pas plus intelligent ! Parce que le marché - actuel - de la PS2, transféré dans celui de la PS3, resterait un marché de niches !
Que le prix de production élevé de la PS3 ne pourrait pas rentabiliser !
Je vais le dire différemment : la PS3 n'est pas la PS2.
Confondre l'offre et la demande de ces 2 produits relève de l'erreur stratégique.
Il y a des fois où je m'improviserai bien directeur technique, moi.
Le prix de la PS3 doit baisser, c'est certain. Il doit s'accompagner d'un plus grand support des développeurs de la part de Sony. C'est à ces 2 conditions seulement que la PS3 pourra véritablement décoller et éviter de préparer l'enterrement de la division. Mais, Sony est confronté à plusieurs problèmes très lourds :
- Le prix de la console est relativement incompressible. Le lecteur Blu-Ray, le CPU et même le GPU restent cher ! La console restera chère tant que ses composants seront chères. A moins de vendre à perte. On ne parle même plus de la R&D nécessaire tant ces coûts ont été pharaoniques et n'ont pas, et ne seront jamais, amortis. A tel point que certaines rumeurs parlent d'une PS3 sans lecteur Blu-Ray ! S'amputer d'un des meilleurs arguments de vente ! ... Pourquoi pas au fond ? La PS3 a bien fait une croix relative sur la rétro-compatibilité ! Indice pour plus tard : contrairement aux ordinateurs, quand les consoles sont rétro-compatibles, c'est qu'il n'y a plus rien d'intéressant à inventer.
- La console sert - aussi - de lecteur Blu-Ray : des gens incluent ce fait dans l'achat de la machine pour mieux (se) faire passer la pilule. Si on enlève le lecteur Blu-Ray, on se prive de ce marché.
- Sony est producteur du 1er tiers. C'est-à-dire que leur job, ce n'est pas de faire des jeux. Leur métier, c'est de vendre des consoles, point. A ce titre, le marketing importe plus que la vente des jeux. Les actionnaires pourraient le leurs rappeler. C'est paradoxal parce que Nintendo a longtemps souffert de cette situation et en bénéficie maintenant largement.
- Sony est producteur, pas formateur. D'une part, je ne suis pas certain que la branche R&D qui a accouché de la PS3 soit encore entière, d'autre part, je ne suis pas certain que les ingénieurs Hardware aient de fortes compétences pour améliorer le software. Enfin, à nouveau, former les gens n'est pas le métier de Sony !!! Et ça aussi, les actionnaires peuvent le rappeler.
- La concurrence !!! En faisant cette transition, Sony va se retrouver confronté de plein fouet à Microsoft ! Voilà le combat des géants !
Quelles options restent-il à Sony ?
Heureusement pour eux, la PSP se vend - relativement - bien. Rien à voir avec la DS, hein. Mais ces ventes assurent une manne qui permet de combler, un peu, l'abysse de la console de salon. Mais pour cette dernière en revanche, je suis circonspect.
Je pense que Sony devra effectivement revoir à la baisse le prix de sa machine, et par le hardware : abandon du BluRay. Je pense que Sony ne fera pas d'effort pour le software. Et je pense que Sony devrait arrêter d'investir sur cette machine qui ne sera jamais rentable. Je pense que Sony devrait penser sérieusement à leur prochaine console de salon, pas sur ses spécifications, mais sur ce qu'elle va proposer. Pas d'hypocrisise : Nintendo a joué la carte du casual parce qu'ils ne pouvaient pas lutter sur les autres domaines, faute de fonds. Mais maintenant que cette carte est jouée, et que Nintendo est - trop - confortablement installé, Sony doit trouver autre chose, sans parler de Microsoft. Paradoxalement, Sony doit inventer ce qu'ils ont empêché, financièrement, Sega de faire : penser le jeu-vidéo de demain. Sous peine de connaître le même sort.
liens :
Publishers tell Sony it's time for a PS3 price cut, chez Ars
http://en.wikipedia.org/wiki/Sega_SaturnRevue du jeu Dragon Ninja, Acidric Briztou dans Tilt n°66
Bilan 89 des rédacteurs de Tilt, n°72S