31 mars 2009

Toute une vie en une journée

Elle est venue me voir dimanche midi, et nous avons discuté. De tout et de rien, de la vie et du long temps ... c'est toujours bien de voir qu'il y a quelqu'un qui pense à vous. Mais je savais qu'elle était pas là que pour mon café. Et pas là non plus pour se faire séduire. Elle fait partie des rares que ça n'intéresse pas. Elle mène sa vie comme on mène sa carrière ... à moins que ce ne soit l'inverse. Je ne pourrais même pas la décrire. Sinon qu'elle s'habille en noir. Une gothique pour certains, mais pour moi, je dirais plutôt une certaine classe. Même en noir. Surtout en noir. Mais les traits de son visage ... impossible à dire. A peine sa main, ses doigts, longs et fin, presque squelettiques. Même ainsi, elle garde son charme. Elle me plaît autant, finalement, que la vie elle-même. Elle sourit :
La vie est la plus belle invention ... après moi !

Sa voix, monocorde, grave, me parlait avec douceur. Enfin,elle me dit ce pourquoi elle était venue :
Bon, je vais pas te mentir, tu sais pourquoi je suis là.
- Je le crains.
- ...
- Tu rends souvent visite à ...
- à ?
- ... tes amants ?
- (sourire) Non ... seulement certains.
- Pourquoi moi ?
- Parce que je t'aime bien.
- (sourire) Je sais pas si je dois en être flatté.

Un silence.
Ce soir, un peu après 11h, tu vas mourir.

Voilà.
Là on a l'information.
En plein dans la gueule, même.
Et ça fait mal.
J'ai gardé un peu mon sourire, pour me donner contenance, mais dans ma tête ça allait à toute allure. Quoi ? Déjà ? Mais pourquoi ? Comment ?
Je sais pas encore. Tu sais comment c'est ...

Encore un silence.
T'es sûre ?

Elle ne répondit pas. Elle se trompe rarement.
Dehors, les enfants dans une cour de récréation jouaient, s'amusaient, criaient ... Comme il me semblait proche ce temps où j'étais à leur place. La vie était gaie, alors. Entourés de mes amis, j'en côtoie encore quelques uns, pas beaucoup, j'étais lieutenant de l'espace, écureuil, joueur de foot, ... Sébastien, Anne-Sophie, Olivier ... Le temps s'effeuille comme un pissenlit sur lequel la vie souffle, nous ne sommes que les aigrettes et nous disparaitrons. Ce n'est rien.
Les enfants, encore.
Peut-être ma fille joue-t-elle, en ce moment même, dans une cour. Sa mère m'a appris qu'elle savait déjà faire le cochon pendu. Est-ce que je sais encore faire le cochon pendu ? L'autre doit dormir sereinement. 15h, c'est l'heure de la sieste. Une larme s'écrasa sur ma table. Celle que mon frère m'avait offerte. Elle me tapota l'épaule droite.
Je sais pas comment on est sensé se comporter dans ces cas-là. Stoïque, comme Platon ou Montaigne, faire le grand garçon et affronter finalement ... la plus belle invention de la vie. S'inventer un dieu pour tout se pardonner et imaginer un monde meilleur qu'il octroiera, un monde où on pourra retrouver ceux qui sont partis avant vous. Las. Si Dieu a fait l'Homme à son image, je dirais plutôt que l'Homme a fait Dieu à l'image de ce qu'il n'est pas et en ce sens, Dieu est la plus mauvaise invention de l'Homme. Alors, tu sais, Dieu et moi ... On peut plonger aussi dans un hédonisme débridé. Se jetter à couilles rabattues sur tout ce qui bouge, se mélanger à tout, et finalement trop vivre, pour devancer le moment ultime, une espèce de barrout d'honneur et l'habiller de philosophie, comme Nietzsche. Ou on peut devenir cynique et malsain, et dire que finalement la vie ne vaut rien. C'est marrant comme, devant l'information, on perd son temps en bagatelles. Comme si on en avait pas déjà fait.
Entre 2 larmes, je dis, presque pour moi-même :
Je me suis levé vers 7h ce matin.

Je pensais à Proust : "Longtemps je me suis levé de bonne heure".
Les aigrettes des pissenlits ...

A peine plus de 15h, dehors, le soleil brillait, les enfants jouaient et les oiseaux chantaient dans le ciel bleu de cette journée de printemps. Si peu de temps et tellement de choses à faire ... Mais j'avais trouvé. Je savais.
J'essuyai une dernière larme puis je me levai.
Je sors.

Elle sourit. Peut-être savait-elle ce que j'allais faire. Peut-être qu'elle l'avait su dès le début. Peut-être que c'était pour ça qu'elle était venue. Peut-être ... Peut-être que finalement, elle m'aimait bien. Vraiment. Je l'embrassai. Ah que ne parle-ton de son baiser. Jamais faux, quoi qu'on en dise.
Tu as les clés ?

Elle sourit.
Tu sais bien que je n'en ai pas besoin.

Je souris à mon tour.
Oui je sais.

J'enfilais une veste ; on a toujours besoin d'une veste pour affronter les fins de journée de Mars. De Pluton aussi d'ailleurs ! Ma mémé me disait souvent "en avril, ne te découvre pas d'un fil". Alors en Mars ... !
Je pris mes clés, qui traînaient sur la banque et me dirigeai calmement vers la porte.
A ce soir, alors !
- Où tu vas ?
- Vivre !

19 mars 2009

Vie en entreprise

Le monde de l'entreprise sera plus honnête quand il aura accepté deux choses :
  • il est l'ennemi de l'Homme
  • la gestion du temps est la date au plus tard
Illustration m'en fut - encore - donnée ce matin-même.
Dans une entreprise, tous les services se tirent dans les pattes. C'est de notoriété publique et c'est une habitude éternelle. Je ne sais pas d'où cela vient. Cette espèce de chauvinisme crasse, d'être dans le service production plutôt qu'informatique, compta plutôt que finance, DIR plutôt que RH, ... en transverse, horizontal, c'est déjà pas triste. Mais quand c'est vertical, c'est pire. Et si en plus on rajoute des notions hiérarchiques, la Bible s'en mêle !
On échappe pas à cette fatalité chez mon client. Perso, je m'en fous un peu. Je suis pas là pour ça. Je suis là pour faire mon taf', pour rencontrer des gens et ça va pas plus loin. Des fois, c'est bien d'être extérieur. Et quand, l'info tire à vue sur la prod, qui le lui rend bien, c'est une espèce de mission commando-social qu'on me confie en mettant en place une nouvelle procédure de traitement qui demande une forte implication des 2 services. C'est la même mission que j'ai eu voici un an. On m'avait demandé de remplacer une personne au pied levé, la tension entre elle et une autre commençait à impacter toute l'équipe. Au final, c'était bien pire que ça, mais c'est une autre histoire. Et puis, IBM va racheter Sun, alors ... Je sais pas pourquoi j'écoppe de ces missions. Ou plutôt, oui, je sais pourquoi. Parce que, comme indiqué sur la page, je suis affable ! J'ai une bonne tête de gentil, quoi ! Comment font les autres ? Regardez Jason Statham, Olivier Martinez, Joey Starr ... aah non, mauvais exemple. Bref, des mecs avec des têtes de méchants. Ouais, presque. Bon bêinh bref, euh, on les gonfle pas à faire le social. Maintenant, prenez un Matt Damon (à part la série des Jason Bourne), un Ewan McGregor (sauf dans les Star Wars) ... et bêinh c'est les puceaux de service qui se tapent les rôles de gentil ! Et hier encore, tandis que mon âge deviné se situait entre 26 et 36 ...
Bref.
Je fais le gentil. Pas que pour mon job, hein. C'est que je suis suffisamment fou pour faire confiance aux gens a priori. Si on se connait pas, tu pars avec un 20/20 ! Simple finalement, non ? Je fais le gentil et, par des mails personnalisés, par des formules de politesse placées au bon endroit (non, "merci de faire ceci" n'est pas une formule de politesse, c'est un ordre), par l'apprentissage du prénom des gens, par la présentation systématique ... enfin, par le simple fait d'être humain finalement, je me plais à croire que j'arrive à faire l'entreprise autour de moi un peu plus ... sociale.
Des fois, je vis dans un rêve.
Et donc, à 2j de la livraison, mon contacte de la prod m'appelle. Elle prend quelques renseignements, puis, au détour d'une phrase sans intérêt :
Mais ... ça sera pas près avant 5 jours.
- Pourquoi ?
- Tu m'as pas envoyé les fichiers.

J'ai paniqué immédiatement, indiquant (je bluffe) que si, je lui avais envoyé les fichiers, croyais-je et tandis que j'argumentais quelque solution de recours au cas où j'avais effectivement failli, je chercher à toute allure le mail parapluie que j'étais presque certain d'avoir envoyé ... Bingo !
J'ai retrouvé le mail que je t'avais envoyé. Je te le renvois ?
- C'est celui du 13 ? (la coquine, ça veut dire qu'elle avait bien reçu ce mail)
- Oui.
- Alors non, je l'ai bien (et bêinh tu vois).

Nous discutons encore, et elle invoque moultes excuses pour ne pas installer en temps et en heure. Moi, personnellement, ça me pose pas de problème. Le but, c'est pas nécessairement que tout marche. Si tout marchait, il y aurait plus besoin de mecs comme moi. Mon but, c'est de faire mon job. Irréprochable et joyeux, comme disait notre vénéré Chef. Ainsi, j'ai développé, ça marche, j'ai livré, c'est bon. Les lauriers sont par ici, le salaire par là. Il y a vraiment d'autres sujets que le boulot dans la vie ! Mais ma coquine enchaîne :
Mais de toutes façons, ça sera pas livré cette semaine.
- Mais pourquoi ?
- Je suis pas là cette après-midi, et demain non plus.

Autant dire qu'elle est en week-end dans 2 heures et que la copie de 3 fichiers, franchement, ça la saoule ! Elle avait dû se laisser un peu de marge, mais, les beaux jours arrivant, il est tentant de prolonger son week-end d'une demi-journée. Vais-je la blâmer ? Bien sûr que non. Je t'ai dit qu'il y avait vraiment d'autres sujets que le boulot dans la vie. C'est jsute l'illustration des petites manoeuvres d'entreprise. Le but et la manière m'ont fait plus sourire qu'enrager. Tellement évident, tellement prévisible, tellement débutant aussi ...
Et voilà, finalement, où on en est.
Nos services se tirent dans les pattes.
On m'envoie faire le gentil, je fais le gentil.


lien : 19e régiment d'artillerie

18 mars 2009

Long is the road

Dans sa pauvre valise, ses maigres affaires
Une histoire banale d'homme et de misère.
Il tient dans sa chemise ses ultimes richesses :
Ses deux bras courageux, sa rude jeunesse
Et tout contre sa peau, comme un trésor inca
Ces quelques mots manuscrits il y a bien trop longtemps déjà :
Ton amitié et plus m'a également rendue les années d'adolescence plus douces

17 mars 2009

Apollo XIII et Facebook

Je discute actuellement avec 2 contacts des errances de la nouvelle version, dite 2.0 parce que ça fait mode, de l'interface FB, et j'en profite pour citer la phrase de l'équipage de Apollo XIII :
Houston, we've had a problem

Notez le present perfect. C'est Ron Howard qui, pour renforcer l'aspect dramatique, a situé l'incident au présent.
Facebook, Apollo XIII, même combat ?
Il y a des points de ressemblance, et il y a des énormes différences.
Comme Apollo, Facebook a dû reprogrammer une activité importante (en taille) et sensible de son activité.
Comme Apollo, Facebook a dû reprogrammer vite ce processus. FB allait pas dire : on migre : 2 semaines d'arrêt. Même s'ils arrivent pas assez bien à capitaliser, il ne s'agit plus, depuis longtemps, d'une application philantropique.
Comme Apollo, Facebook a dû reprogrammer bien ce processus. Si la nouvelle mouture ne fonctionnait pas, grand était le risque de se voir coller une étiquette de looser ad vitam eternam. A ce titre, la présentation de Bill Gates de Windows 98 avec le grand écran bleu est révélatrice. Une blague commune, encore aujourd'hui, est d'associer Windows au BSOD (Blue Screen Of Death), à tort ou à raison.
...
Contrairement à Apollo, FB ne joue pas avec la vie d'être humains. Avec les données oui, mais pas avec nos vies. Encore heureux, parce que quand on sait ce qui est fait des données que nous saisissons ... volontairement !!!
Contrairement à Apollo, l'enjeu financier de FB est immense (comparativement parlant) : l'évaluation de FB est environ la même que le coût du programme Appolo : 4.4G$
Contrairement à Apollo, la vie d'un homme sur FB ne compte pas. Si on prend ces 4.4G$ et qu'on les divise par 3, l'équipage d'Apollo, ça fait 1.4G$/homme. Si on prend ces mêmes 4.4G$ et qu'on les divise par 175 millions, le nombre d'utilisateurs de FB, ça fait 25$.

D'un point de vue informatique, ce qui est intéressant, c'est le programme de navigation. J'ai eu du mal à retrouver l'excellent article de Roberto DiCosmo, Piège dans le cyberespace et cette terrible citation :
(...) pourquoi un ordinateur bien plus puissant que celui qui a servi à envoyer des hommes sur la lune, et à les ramener vivants, n'est pas en mesure de manipuler correctement un document d'une centaine de pages (...)

Et c'est ça le coeur du problème. Le 4004 n'est sorti qu'en 1971 !!! Bref, mettons qu'en 1970, ce soit un processeur équivalent au 4004 qui équipe Apollo XIII. Entre ce 4004 et le processeur qui équipe la machine qui va vous permettre de lire cet article, il s'est écoulé 35 ans. Il y a 126 fois plus de transistors, de neurones. La gravure est 92 fois plus fine. Sa fréquence est 20 000 fois plus élevée. Il y a 64 000 fois plus de mémoire entre les 2 systèmes. Et même, puisqu'on parle de la mémoire, la mémoire du système d'Apollo XIII est 2 fois plus petite que la mémoire cache L1 de votre CPU, 4 fois si vous avez un processeur DualCore. Et pourtant, la L1, c'est une mémoire qu'on fait petite dans les microprocesseurs ! Il n'y a guère que les PowerPC pour avoir été suffisamment bien pensés pour pouvoir gaspiller quelques mm2 avec de la cache. Bref. 2 systèmes, 2 vies (à ce stade, on ne parle même plus de générations) complètement différentes.
Et on a même pas parlé ici des capacités de calcul (44 000), encore moins en virgule flottante !

Et pourtant ...

Mettriez-vous en jeu la vie d'un équipage dans les mains d'un des systèmes que vous utilisez régulièrement (Windows, bien sûr, mais pas d'évangélisme, Mac et Linux aussi) ?
Vous savez pourquoi c'est la combinaison de touchez Ctrl+Alt+Suppr qui a été choisie pour rebooter la machine au clavier ? Parce que David Bradley, son inventeur aujourd'hui décédé, pensait qu'il n'y aurait pas besoin de la faire souvent, donc qu'il n'y avait pas besoin qu'on s'en souvienne ; et qu'il fallait qu'elle soit suffisamment compliquée pour qu'on ne la fasse pas par accident !
Or, c'est une combinaison de touches qu'on apprend très vite en informatique (comme le terme reboot) parce qu'on en a souvent besoin, et la plupart du temps, on la fait à dessein !

Mais bon, je suis informaticien (en tous cas, mon patron le croit) et je sais que par essence, l'Homme se trompe. On peut mettre tous les CMMI qu'on voudra, tous les eXtreme Programming, il y aura des bugs. Tout le temps. Involontaires dans l'immense majorité des cas. C'est pour ça que je ne jette pas la pierre à FB.
...
Mais bon, ils pourraient se magner pour rétablir toutes les fonctionnalités !!! (Mais qu'est devenue l'humanité ?)

Mais je m'interroge.
Parce qu'on a envoyé des Hommes sur la Lune, qu'on a réussi à les faire réparer une panne majeure, revenir et amerrir sans encombre avec seulement 32kB de mémoire. Et qu'il existe aujourd'hui encore la sauvegarde automatique sous Word !

Liens :
http://severino.free.fr/archives/copieslocales/piegedanslecyberespace.html
http://en.wikipedia.org/wiki/Apollo_13
http://www.embedded.com/columns/technicalinsights/210200582
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ctrl-Alt-Delete

Prix de la PS3 et aperçu du paysage video-ludique

MediaMolecule, le "formidable" développeur de LittleBigPlanet, le jeu avec des petits bonshommes en mousse, appelle à une baisse de prix de la PS3. Une bonne idée ?
La PS3 était beaucoup trop chère à sa conception et à sa sortie : 600$. Après une spectaculaire baisse de prix, elles est beaucoup trop chère : 400$. Et ça ,c'était avant la "crise". Rassurez-vous, hein, il s'en vend quand même pas mal. Les hardcore-gamers ont demandé une baisse des prix. La demande est particulièrement justifiée tant l'écart de performances avec une XBox 360 (200€ environ) n'est pas flagrant, parfois même en faveur de ... la machine de Microsoft (j'ai eu du mal à écrire cela !). A ce titre, Peter Moore, alors superviseur de la division XBox chez Microsoft avait vu juste :
Je crois qu'à terme les consommateurs auront 2 consoles chez eux : la Wii et la XBox360.

Il avait raison. On peut reprocher beaucoup de choses à Peter Moore, mais il avait senti venir la déferlante Wii avant tout le monde, avant même Nintendo, qui continuait la R&D sur sa WiiMote uniquement pour rassurer les actionnaires, largement déçus par la Gamecube. Il avait senti venir la vague casual. Mais soyons honnêtes, je ne pense pas que quiconque, même pas lui, ait correctement évaluée l'ampleur de cette vague.
Même a posteriori, les acteurs du jeu-vidéo, en tous cas français, ne l'ont pas bien compris. Jeux-video.com faisait récemment un article sur les 5 raisons du succès de la Wii. Ils ne parlent du casual qu'en 4ème position, et ne parlent pas de la vente pyramidale (la console en elle-même, puis la WiiFit).
Ainsi, une fois n'est pas coutume, c'est Microsoft qui représente la meilleure continuité dans le monde des consoles. Sega a disparu, Nintendo est revenu à son métier originel (distraire la famille, donc fabriquer des jeux de cartes) et, paradoxalement, Sony s'est orienté vers ce effacé la Sega Saturn devant la Playstation : une architecture très difficile à développer. Rappelons-nous de Yu Suzuki, grand maître de la programmation des machines Sega, qui disait :
I think that only 1 in 100 programmers are good enough to get this kind of speed [nearly double] out of the Saturn.

L'architecture technique très compliquée de la Saturn, et par voix de conséquence, son prix, avait empêché Sega de triompher sur le marché des 32-bits, et avait créé un trou financier gigantesque que les très bonnes ventes de la Dreamcast n'ont pas réussi à combler assez rapidement. Et en 2001, Sega a fermé ses portes en tant que constructeur de consoles.
Qu'est-ce qu'il y avait dans la Saturn ? 2 processeurs, 2 types de mémoires, 2 VDP (puces d'affichage), un DSP (calculs 3D), ... Il faut se lever tôt pour tirer partie correctement de tout cela. Personnellement, avec la 32X, je dois me lever très tôt pour faire quelque chose de décent alors qu'elle n'a que 2 processeurs ! Tous ces composants apportent une puissance colossale ... sur le papier ! Dans la pratique, si les développeurs ne savent pas l'utiliser, ou ne peuvent pas, faute de planning ou d'ambition éditoriale, on reste avec un gros grille-pain (parce qu'il chauffe beaucoup) ou un ventilateur (parce qu'il fait beaucoup de bruit). Capable, comme pour la PS3 et deux logiciels - non ludiques - de prévoir les tremblements de terre ou les erreurs de protéines, soit, mais pas plus. La PS3 a plus sa place dans un labo de recherche que dans le salon d'un homme de 25-35 ans, coeur de marché de SCE (Sony Computer Entertainment). Et pas besoin d'espérer grand chose du compilateur : comment faire des méta-outils quand on est même pas capable de faire un outil ?
Avec la PS3, qu'est-ce qu'on a ? Un CPU composé grossièrement d'un PowerPC traditionnel et de 6 processeurs spécialisés SIMD de 128bits, orchestrés par le premier. Déjà, juste pour le CPU, c'est l'enfer ! Mais ça se complique avec le GPU (partie graphique). Le GPU de la PS2 avait été largement critiqué pour sa difficulté de programmation (Reality Engine, pas moins de 16 pixel pipielines ... quand je trouvais que 2 CPU c'était dur à programmer et synchroniser !), Sony a entendu et a livré un composant vidéo (Reality Synthetizer) ... encore plus dur à programmer !!! Comme la Saturn, la PS3 est un paradis potentiel pour les joueurs ... qu'on arrive pas vraiment à exploiter à fond.
Mais, si ma mémoire est exacte, il en a toujours été plus ou moins de même avec les autres machines. Acidric Briztou, dans le numéro 66 de Tilt, ne s'indignait-il pas de la faible exploitation du potentiel de l'Atari ST ?
La partie hardware de la PS3 est un énorme gaspillage, soit. A noter que la X-box 360 n'est pas reluisante pour autant. Entendons-nous bien : avec la X360, aucun risque n'a été pris. Il s'agit simplement d'un bon PC optimisé - un peu - pour le jeu. Le CPU n'est pas un x86, mais les autres composants sont les mêmes que ceux présents dans la machine qui vous permet de lire cet article, Mac y compris ! Ca me rappelle quand Ars avait parlé de la fin du PowerPC chez Apple :
Nous n'aurons plus jamais des processeurs plus lents que les PC, mais nous n'en aurons plus jamais de plus rapides.

La Xbox 360 est, à ce titre, le choix le plus frileux, et en ces temps de "crise" (je le remets entre guillemets à dessein), le choix le plus raisonnable dans une offre matérielle aphone.
Nous avons vu le matériel, voyons le logiciel à présent.

Là encore, si la mémoire doit nous servir à quelque chose, souvenons-nous du Guide 90 de Tilt, n°72S. Ne trouvions-nous pas dedans Eric Carbera s'inquiéter :
En effet, à la vitesse où vont les choses, nous serons bientôt les consommateurs passifs d'un R-Type 10 ou d'un Vigilante 14.

? Regardez la page d'accueil de la section jeux-vidéo de la Fnac, Alapage ou Amazon. Combien de non-suite ? Combien de jeux hors-franchise ? Combien d'éditeurs différents ? Je n'ai même pas parlé du casual tellement il n'est pour moi pas jeu.

Le software n'existe plus !


Mais revenons à MediaMolecule, développeur d'un jeu à succès, presqu'aussi original que Pikmin sorti ... il y a 7 ans !
Ils appellent à une baisse de prix de la PS3. A ce titre, je ne peux qu'applaudir. Dans le marché actuel, la seule embellie en terme de puissance, et le seul effet pionnier ne peut venir que de là. Sauf ... voici leur justification :
[Sony] had their casual gaming audience on the PS2, and they have to translate that over to PS3 now.

Déjà, j'aimerais qu'ils me disent en quoi le casual, hors Guitar Hero (d'ailleurs les revenus de son éditeur, Activision, sont plus importants sur PS2 que sur PS3 !), est actif sur PS2. La PS2 survit dans 3 niches bien précises :
  • les consoles "pas chères", la PS2 coûte aujourd'hui entre 100 et 130€ la console
  • les consoles "je sais pas quoi acheter", où l'exploitation du nom a bien fonctionné, surtout en France.
  • les consoles pour le jeu spécifique, la PS2 reste en effet un domaine très fermé de jeux d'une certaine catégorie, RPG en tête.
Mais bon, mettons que Alex Evans, directeur technique, ait voulu dire simplement "transférer le marché de la PS2 sur celui de la PS3". Et bêinh c'est pas plus intelligent ! Parce que le marché - actuel - de la PS2, transféré dans celui de la PS3, resterait un marché de niches !
Que le prix de production élevé de la PS3 ne pourrait pas rentabiliser !
Je vais le dire différemment : la PS3 n'est pas la PS2.
Confondre l'offre et la demande de ces 2 produits relève de l'erreur stratégique.
Il y a des fois où je m'improviserai bien directeur technique, moi.

Le prix de la PS3 doit baisser, c'est certain. Il doit s'accompagner d'un plus grand support des développeurs de la part de Sony. C'est à ces 2 conditions seulement que la PS3 pourra véritablement décoller et éviter de préparer l'enterrement de la division. Mais, Sony est confronté à plusieurs problèmes très lourds :
  • Le prix de la console est relativement incompressible. Le lecteur Blu-Ray, le CPU et même le GPU restent cher ! La console restera chère tant que ses composants seront chères. A moins de vendre à perte. On ne parle même plus de la R&D nécessaire tant ces coûts ont été pharaoniques et n'ont pas, et ne seront jamais, amortis. A tel point que certaines rumeurs parlent d'une PS3 sans lecteur Blu-Ray ! S'amputer d'un des meilleurs arguments de vente ! ... Pourquoi pas au fond ? La PS3 a bien fait une croix relative sur la rétro-compatibilité ! Indice pour plus tard : contrairement aux ordinateurs, quand les consoles sont rétro-compatibles, c'est qu'il n'y a plus rien d'intéressant à inventer.
  • La console sert - aussi - de lecteur Blu-Ray : des gens incluent ce fait dans l'achat de la machine pour mieux (se) faire passer la pilule. Si on enlève le lecteur Blu-Ray, on se prive de ce marché.
  • Sony est producteur du 1er tiers. C'est-à-dire que leur job, ce n'est pas de faire des jeux. Leur métier, c'est de vendre des consoles, point. A ce titre, le marketing importe plus que la vente des jeux. Les actionnaires pourraient le leurs rappeler. C'est paradoxal parce que Nintendo a longtemps souffert de cette situation et en bénéficie maintenant largement.
  • Sony est producteur, pas formateur. D'une part, je ne suis pas certain que la branche R&D qui a accouché de la PS3 soit encore entière, d'autre part, je ne suis pas certain que les ingénieurs Hardware aient de fortes compétences pour améliorer le software. Enfin, à nouveau, former les gens n'est pas le métier de Sony !!! Et ça aussi, les actionnaires peuvent le rappeler.
  • La concurrence !!! En faisant cette transition, Sony va se retrouver confronté de plein fouet à Microsoft ! Voilà le combat des géants !

Quelles options restent-il à Sony ?
Heureusement pour eux, la PSP se vend - relativement - bien. Rien à voir avec la DS, hein. Mais ces ventes assurent une manne qui permet de combler, un peu, l'abysse de la console de salon. Mais pour cette dernière en revanche, je suis circonspect.
Je pense que Sony devra effectivement revoir à la baisse le prix de sa machine, et par le hardware : abandon du BluRay. Je pense que Sony ne fera pas d'effort pour le software. Et je pense que Sony devrait arrêter d'investir sur cette machine qui ne sera jamais rentable. Je pense que Sony devrait penser sérieusement à leur prochaine console de salon, pas sur ses spécifications, mais sur ce qu'elle va proposer. Pas d'hypocrisise : Nintendo a joué la carte du casual parce qu'ils ne pouvaient pas lutter sur les autres domaines, faute de fonds. Mais maintenant que cette carte est jouée, et que Nintendo est - trop - confortablement installé, Sony doit trouver autre chose, sans parler de Microsoft. Paradoxalement, Sony doit inventer ce qu'ils ont empêché, financièrement, Sega de faire : penser le jeu-vidéo de demain. Sous peine de connaître le même sort.

liens :
Publishers tell Sony it's time for a PS3 price cut, chez Ars
http://en.wikipedia.org/wiki/Sega_Saturn
Revue du jeu Dragon Ninja, Acidric Briztou dans Tilt n°66
Bilan 89 des rédacteurs de Tilt, n°72S

16 mars 2009

A la poursuite du bonheur ...

2 fois 2h de négociations à bâtons rompus,
36h de calme relatif,
3 messages téléphoniques pour saloper tout ça.
C'est grave Monsieur le juge ?
- Oui.
- ...
- Vous prendrez pour perpét'.
- ...
- Avec une peine de sûreté de 25 ans.

12 mars 2009

All l might have given (2)

Salon feutré du dernier étage d'une tour du quartier de la Défense. Fin d'après-midi. 4 hommes, pas plus. Il faut pas trop de témoin pour ce genre de choses. Des fois, l'entreprise, c'est pas triomphant, triomphant. ...
Alors ?
- Il nous manque 588 millions.
- C'est grave ?
- 4.2%
- Un retard de 4.2% ? Ca s'explique.
- Ils s'en foutent des explications, tu le sais ! Ils ont demandé 14, ils doivent avoir 14, c'est tout.
- ...
- Qu'est-ce qu'on peut faire ?
- On a déjà rogné toutes nos marges de manoeuvre. On a même surestimé des immobilisations.
- Ca fait que la 3ème année consécutive !
- Oui mais, les auditeurs ?
- (un ton plus haut) Je les emmeeeeeeerde les auditeurs ! Les auditeurs, c'est moi qui leurs dit ce qu'ils doivent auditer et ceux qu'ils doivent constater.
- (plus discret) Oui mais la loi ?
- (sur le même ton) J'emmeeeeerde la loi ! La loi c'est moi, quand je déjeune avec Sarkozy.
- ...
- (toujours énervé) A un moment les filles, va falloir me dire si vous êtes avec moi ou si vous êtes contre moi, y'a des moments je me demande !
- ...
- (plus calme) On peut virer du monde ?
- Ca sera pas bien vu.
- (regard noir) ...
- ...
- ...
- (résigné) on peut.
- On écrit qu'on provisionne ....
- ... qu'on escompte.
- ... ouais, c'est ça, qu'on escompte, qu'on va virer du monde. Des vieux, hein, pas de licenciements secs, je veux pas d'emmerde et puis, t'as raison Bertrand.
- oui ...
- on écrit ça cette année, on livre nos chiffres, et tout le monde est content. Ca va comme ça ?
- (en choeur) Ca va.
- Très bien ?
- (en choeur) Très bien.
- Daniel ?
- Oui ?
- Tu nous prépares un topo. Je suis pas certain qu'on pourra s'en sortir comme ça tous les ans. Prépare-le moi sur 3 scénarios : 1 an, 2 ans et 3 ans. On pourra pas tirer plus. On décide le mois prochain. On place, on investit, et on encaisse, ça va pas plus loin. C'est bon ?
- C'est bon.
- Tu feras suivre ça à Anne et Serge. Je leurs dois un truc.
- Très bien.
- C'est bon pour tous ?
- (en choeur) C'est bon.
- Patrick.
- Oui ?
- Ca fait combien, 588 millions ?

Il saisit quelques chiffres sur sa calculatrice.
306 salariés, Monsieur le Président.

Talk tonight (2)

Hier soir, après la répet', tard dans la nuit. En fait, tôt dans le matin. Ma montre m'indique même que ça fait plus de 2 heurs que tel est le cas. Je travaille pour votre retraite, et si j'étais vous, je me méfierai des outils qui vont sortir de production demain.
Mon appart', pour ceux qui le savent pas, est monacal : dans la pièce principale, il y a un canapé, une table et 2 chaises. Pas de tableau, pas de photo, pas de bibelot, pas de télé. A peine une chaîne HiFi. Forcément, dans 45m2, ça fait vide.
C'était un peu imprévu cette discussion, un peu impromptu. Vers 18h, il m'a appelé et il m'a dit qu'il avait besoin de parler. Ses formalisations sont rares, ses disponibilités nombreuses, il est donc normal que je réponde présent à cet appel. Et puis je l'aime. Nous discutons, nous échangeons, il me présente sa situation. Qui n'a pas à faire pleurer. Dans un sens, il a tout pour lui. Disons qu'il a beaucoup que d'autres envieraient. Mais d'autres non, hein, va pas t'imaginer que Robbie Williams a débarqué chez moi hier soir. Et comme j'avais quelque vision sur sa situation, je lui ai répondu. Nous avons longuement débattu. Derrière, Tété nous chantaient les faveurs de l'automne.
Paroles, amères ; café, fort ; larmes, rares ; clopes, reprises ... Ca fait des mois que je dis que cet appart' n'existe que pour faire se rencontrer les Hommes, et bêinh là, on y est. En plein dedans. Mais ça, comme souvent, tu le vois qu'après. Et c'est tant mieux. On s'en fout que l'appart' soit fait pour ci, soit fait pour ça, que la déco soit Art-Déco, Confo pour les nouveaux couples, Ikea pour les matures, fait-main par l'ex-beau-père pour les parisiennes esseulées, ou de récup' pour les amis. On s'en branle. La justification de ton appart', c'est quand t'arrives à l'oublier pour ne penser qu'à l'autre. Tout le reste, on s'en fout.
Je sais pas pourquoi les gens s'entêtent à me faire faire du café. Soyons objectifs. C'est le pire café de la création qui peut exister. Mais vraiment le pire de sa race, quoi ! Hérédité sans doute ... Il est fort, trop, il a le goût de la cafetière en inox, et au fond de la tasse tu peux lire l'avenir des scorpions, parce qu'ils vivront encore après les humains ... dégueulasse, vraiment. Si tu viens chez moi, s'te plaît, accepte le café lyophilisé. Même pas bon, même si moi je l'aime bien, il sera forcément moins mauvais que celui que tu me demanderas de te faire. Je le sais, c'est moi qui le fait !
I'm not a cobb or corn, so you can stop butterin' me up. I don't need you to tell me how good my coffee is. I'm the one who buys it, I know how fuckin' good it is. When Bonnie goes shoppin', she buys shit. I buy the gourmet expensive stuff 'cause when I drink it, I wanna taste it.
On a beaucoup parlé. Il m'a beaucoup parlé. Et je lui ai parlé aussi. C'est bien, à un moment, de se taire, de taire le monde, et d'écouter.
Ce qui est vraiment important.
Ceux qui sont vraiment importants.
Ceux qui nous aiment,
et ceux qu'on aime.
Même s'ils ont pas trop la forme.
Surtout s'ils ont pas trop la forme en fait.
Extrait de la conversation :
La vérité, c'est que Castellane sourit aux riches, et que t'es pas assez près d'elle pour lui plaire.
- ...
- J'aime pas quand tu me contredis pas.
- ...
- ...
- (un sourire triste) J'ai horreur quand t'as raison.

Derrière nous, Tété finissait la dernière chanson, Flou :
Ce n'est rien

lien : Pulp Fiction Script at IMSDb

10 mars 2009

Total, vous ne viendrez plus chez nous par hasard

Evolution du chiffre d'affaires, du résultat et de la rentabilité de Total entre 2002 et 2008
Evolution du chiffre d'affaires, du résultat net et de la rentabilité de Total entre 2002 et 2008

Un chiffre d'affaire en hausse de 13%,
un résultat net en hausse de 14%,
une rentabilité à plus de 7% chaque année depuis 5 ans,
306 licenciements cette année.

Les actionnaires de Total,
les émirs de Dubaï,
l'Arabie Saoudite,
la junte birmane,
Bernard Kouchner,
la famille Bush
vous remercient pour :
le travail des salariés,
le baril à 200$,
les parachutes dorés,
et surtout, surtout ... de rouler !

Du fond de la pompe,
Merci.

Entretien d'embauche (2)

Pour le numéro 2, il y avait encore ce passage, édifiant :
Vous vous rendez compte ? Marseille est la seule ville où le déplacement urbain n'a pas été pensé. Pas de parking, pas de cohérences dans les transports en commun, ... rien !
OK, là, il a pas tort. Mais pas besoin d'être élu pour savoir ça. Le moindre détour au café de l'Arc-en-ciel le lui dira. Il poursuit :
Vous vous rendez compte ? Il me faut 1h15 en voiture pour aller travailler. En transport en commun, il me faut 1h30 !!!
- Ca alors (c'est pas moi, ça, c'est le 1er laron)
- Et encore, la plus grande partie, c'est de la correspondance. Parce que pour les 700-800 derniers mètres, je dois attendre 20 minutes une correspondance pour 10 minutes de transport supplémentaire.
- Scandaleux.
Je me suis souvenu de mon taf' à Salengro, ou des jours de grèves entre la Porte d'Aix et le Prado ... Et puis ça faisait trop longtemps que j'avais fermé ma gueule :
Excusez-moi mais ... pour les 800 derniers mètres, pourquoi ne les faites-vous pas à pied ?
- ...
- (l'autre répond pour lui) ... parfois, il fait froid ?



Ou encore, putain, lui il faut pas que je le recroise, lui :
Pourquoi, mais pourquoi, Marseille ne veut pas se défaire de la voiture ?

Il m'assène ça après m'avoir dit dans les yeux et sans sourciller qu'il préferait faire 1h15 de voiture que 1h de transport en commun et 15 minutes à pied. Mais je suis optimiste, et j'ai confiance en mon prochain, et je suis bon ... Bon non en fait c'est pas vrai, j'aurais dû lui demander gentiment de bien vouloir fermer sa gueule à ce connard, parce que quand on débite autant de niaiseries à la seconde, et même avec les 5 ans de plus qui lui donneraient droit à mon respect, il va se prendre un caviar à 5 branches dans la gueule et finir par des soins dentaires façon Dario Dodoni énervé.
J'aurais dû.
Mais je suis bon.
Et je suis con.
Il y a peut-être aussi une question de culture, de rapport à la voiture typiquement latin, dont on arriv ...
- En Espagne, ça pose pas de problème !
- Et à Barcelone non plus ! (ça c'est l'autre)
- (je tempère et ne reste pas sur le fait que j'ai été coupé.) ... l'Espagne n'est pas latine.
- (agressif) Ah non !?! Et c'est quoi, alors !?! (il sourit d'un air compatissant à l'autre sous-fifre)

Ca s'est arrêté là.
J'aurais pu lui faire remarquer que l'Espagne était plus sudiste que latine, que l'influence de la Rome antique n'était pas allé très loin en pays Ibère, que les conquêtes musulmanes étaient passées par là pendant bien des années, que les 30 glorieuses avaient affecté différemment les 2 soeurs ennemis du XVè siècle, qu'il y avait eu la Fiat 500 mais qu'il n'y avait jamais eu la Seat Ibiza ailleurs que dans des dépliants estampillés Volkswagen, que la corrida n'avait pas grand chose à voir avec les lagunes de Venise, qu'il ne faut pas confondre Franco et les années de plomb, qu'il y avait eu Isabelle de Castille d'un côté et Lorenzo de Medicis de l'autre et que, au fond, les Espagnols seraient drôlement surpris d'être amalgamés à des Italiens, et vice-versa. J'aurais pu.
Mais j'ai fermé ma gueule.
Je sais.

Entretien d'embauche

Hier soir, je suis allé passé un entretien d'embauche. C'était le genre d'entretiens que j'aimais moyen. Le 4ème en fait ! Alors que tous les candidats sont cooptés, donc a priori acceptables. Déjà, à mon arrivée, je vois les 2 autres, mes coopétiteurs. Ils sont manifestement là pour ça mais ne se sont pas encore adressés la parole. J'aborde les deux et engage la conversation.
Las.
Très vite, c'est une pluie de lieux communs et une avalanche d'idées reçues qui s'abat sur moi. Je suis doublement déçu. Déçu d'avoir engagé la conversation avec eux, et déçu parce que, ayant été sélectionnés avec la même rigueur que moi, ils devraient élever un peu la conversation, un peu le débat.
Le thème de la discussion : le piratage sur Internet. Evidemment un sujet absolument pas dicté par les médias. Et voici les idées jamais ridées qui apparaissent : les petits consommateurs, les petits disquaires, la règle du 20/80 (quand on a fait des études, on sait que c'est la loi de Paretto), les pirates qui font payer (ça existe, ça ?), les consommateurs qui piratent un peu, "1€ c'est cher", ça enchaîne sur le déplombage de l'iPhone, ... en peu de temps, et malgré ma motivation pour entrer dans cette grosse boîte américaine, j'ai douté.
Vraiment.
J'ai failli tourner les talons, la politesse m'ayant appris à ne pas m'excuser quand la seule chose que je pourrais dire serait insultante, ...
Mais, le temps de la réflexion nous amène finalement à être reçus dans une salle austère où nous sommes assis tous les 3 : le calvaire continue.
L'IGS, qu'on appelle les boeufs-carottes parce qu'ils font mijoter les enquêtés, pourraient appeler cette pièce une cocotte-minute.
Sauf que là, il fait froid.
Et nous patientons, avec seulement 3 plaquettes de présentation de cette boîte à la pointe du progrès technologique. Après une phase de dédain pour ces ouvrages, et pour éviter de plonger dans les visions philosophiquement altruistes à base de "moi-je" de mes collègues, je lis un peu ces documents. Ceux-ci n'appellent rien de particulier en moi.
Faisons le point. 12m2, 2 quidams, rien à lire, le froid, la fatigue, la faim, une épreuve au bout ... rien ne me pousse à participer. Mais je prends ça pour une épreuve supplémentaire, une marche à franchir. Alors j'endure.
Je les observe, et je me tais.
Je me souviens de cette citation, dans Usual Suspect :
The first thing I learned on the job, know what it was? How to spot a murderer. Let's say you arrest three guys for the same killing. Put them all in jail overnight. The next morning, whoever is sleeping is your man. If you're guilty, you know you're caught, you get some rest - let your guard down, you follow ?
Donc je ferme ma gueule. Point.
Mais ça continue, ça devient dur à endurer, dur à encaisser. Morceaux choisis.
Le 1er parle sans discontinuer depuis maintenant plus d'un quart d'heure. Seulement 3 de ses phrases ont duré moins de 5 secondes (et une phrase parlée de 5 secondes, c'est long), et seulement 2 de ses phrases n'ont pas de pronom à la 1ère personne du singulier. Au bout de sa tirade, il concède :
J'ai hâte d'entendre ce qu'ils ont à me dire. J'ai vraiment besoin d'écouter les autres.

Je souris. Il prend ça pour de l'acquiescement et je lui laisse cette impression.
L'autre à présent. Nous abordons des sujets plus personnels : les enfants. Best of :
Je suis athée.
- Moi aussi (tu crois pas que je vais te donner des branches pour sortir de ta médiocrité, non ? Ou encore disserter de spiritualité avec un inconnu qui ne m'a pas spécialement enthousiasmé ?)
- J'ai fait baptiser mes enfants
- ... (je ne réponds pas, j'en ai rien à foutre, et en plus, la contradiction évidente me gonfle)
- ...
- Baptême républicain ou religieux ? (Je sais, je suis trop bon, j'aurais dû continuer à fermer ma gueule)
- Religieux.
- Pression sociale ?
- Non, je voulais transmettre un héritage culturel.

Intérieurement, j'étais atterré par autant de bêtise. Je n'ai rien dit. Il a cru que je mesurais la portée de ces paroles. Je lui ai laissé cette impression.

Enfin, mon entretien commence, il était temps.
Je m'attendais à des questions pièges, je n'ai pas été déçu : peut-il y avoir une spiritualité sans dieu, toutes les vérités sont-elles bonnes à dire, dans quels cas la censure peut-elle être acceptable, ... oui, pour ce poste, les questions volent haut, ça fuse de partout, et c'est profond ! Oh, que ça me plaît !!! Je m'accorde le temps de la réflexion, je parle avec autant d'éloquence qu'on peut en avoir dans cette épreuve, c'est un peu laborieux, mais je sens par moments emporter l'attention de mon auditoire. Même si celui-ci ne laisse rien transparaître. J'ai un peu l'impression d'avoir les yeux bandés devant eux ! C'est dur, mais ça me plaît, et je sens bien, aux silences entendus, au fait que les questions se succèdent naturellement que oui, là ce soir, il se passe quelque chose et que je vais avoir ma place dans cette belle assemblée. Et vient la dernière question, dont je ne savais pas à l'origine qu'elle serait la dernière et, selon moi, mes interrogateurs ne le savaient pas plus.
Ma réponse a conditionné ma sortie et croyez-moi, ça a été grandiose.
Du panache, comme disait Cyrano.
Et oui, ça a été !
En fait, en formulant ma réponse, pendant les 3 secondes qui ont suivi, je me suis dit :
C'est pas possible, c'est pas moi qui ai dit ça

, après je me suis dit que je l'avais peut-être lu par ailleurs, et en réfléchissant très vite, non, je ne voyais pas où je pouvais l'avoir lu, vu ou entendu. Je me suis ensuite imaginé que mes auditeurs allaient s'imaginer que je citais quelqu'un ou quelque chose, et que, sans citer mes sources, je passerais pour un imposteur. Donc, il fallait que je dise que cette phrase était de moi. J'allais le faire quand je me suis arrêté, conscient de ce que cette démarche pourrait avoir de prétentieux. Et je n'ai rien dit parce que c'était finalement la meilleure chose à faire. A la reprise, l'intonation du PDG a trahi une légère satisfaction : j'avais gagné !
Que c'est bon de reconnaître des pairs !

Comment ?
Tu veux la question ?
Et la réponse, en plus ?
Putain, t'es exigeant !
...
Allez, voilà.
Monsieur, l'Homme a passé plus de temps à construire des murs pour séparer les peuples qu'à construire des ponts pour les rassembler. Qu'en pensez-vous ?
- Je pense que les plus beaux moments de l'Histoire sont ceux où on détruit les murs, et les pires moments de l'Histoire sont ceux où on détruit les ponts.

Le silence qui a suivi était très révélateur de ce souffle, de cet élan commun, de cette satisfaction partagée devant de belles paroles : j'y étais ! La vie est belle, parfois.
C'est bien aussi, de temps à autres, de réussir des trucs.
De pas passer son temps qu'à échouer.
Hier soir, j'ai passé un peu de temps avec moi-même pour savourer ce moment, j'ai mangé, seul, j'ai soufflé, j'ai souri, j'ai crié, j'ai dansé ... j'étais bien.
Ce matin je me suis réveillé, j'ai pris une photo, je l'ai envoyée, et je suis allé au boulot, l'esprit léger.
Le ciel était bleu et le printemps arrivait.
La vie est belle, parfois.

Et très logiquement, ce matin, j'ai reçu un texto :
Candidature ajournée, désolé.

lien : http://www.imsdb.com/scripts/Usual-Suspects,-The.html

05 mars 2009

Métaphore préventive

Les questions des filles
sont des toiles de soie
sur lesquels les honnêtes hommes
viennent s'échouer
avant d'être dévorés.