On peut être très critique à l'égard de Nicolas S., et je le suis évidemment (comment ne pas l'être ? ... je veux dire, sans toucher plus de 4k€/mois), sa méthode gouvernance a au moins le mérite de faire apparaître les choses très clairement et relève, indubitablement, d'une intelligence, plus sociale que politique.
En pillant à gauche et à droite, Nicolas S. fait plus que de récupérer un crédit via des prête-noms. Quand Kouchner intègre le gouvernement et devient le toutou attitré du pays des Droits de l'Homme, quand Rama Yade est obligée d'abandonner ses combats ou de conspuer ses confrères, quand Rachida devient l'instrument de la dé-républicanisation de la France, et plus récemment, quand Frédéric Mittérand vient apporter son nom (que le nom) de gauche, et quand Frédéric Mercier, membre du MoDem et proche de François Bayrou (condition nécessaire pour être tête de liste du parti) sa caution centriste ...
On pourrait s'interroger sur l'absence des "vainqueurs" des dernières européennes. Je dis que les Verts sont simplement un vote par défaut, à la limite un vote coup de coeur, et que la conscience écologique des Français, pas plus que celle des européens, ne dépasse le visionnage mélopéen du dernier film de Yann-Arthus Bertrand. Et ça, Nicolas S. l'a bien compris aussi. Je dis que les Français n'auront jamais d'affection pour Daniel Cohn Bendit. Impensable pour eux de voter pour un gaucho allemand.
Il n'est pas allé jusqu'à nommer un membre du vrai vainqueur des élections (60% des suffrages s'il vous plaît), mais allez nommer un membre de l'abstention ...
En procédant de la sorte, le président dissout pour de bon les rangs de ses adversaires, si on peut encore considérer la gauche comme adversaire, comme force d'opposition. Ne nous leurrons pas : le PS est allé à Versailles (bêinh oui, y'avait des petits fours), les Verts n'ont pas de poids à l'assemblée, et François Bayrou ne critique Sarkozy que pour vendre des bouquins. Il leurs enlève du crédit en tant que tel ("si le PS était si bien, pourquoi Kouchner en est-il parti ?") et les affaiblit de leurs ténors ou de leurs appuis.
Uniquement sur cette action, je tire mon chapeau à Nicolas S. Ou plutôt ses conseillers stratégiques et politiques, tant je ne peux me résoudre à croire que l'intéressé dispose de ces compétences.
Mais il y a un point que peu de monde ont vu, c'est l'évidente compétence pédagogique du président, qui serait bien meilleur en professeur de pyschologie sociale qu'à son actuelle fonction. La Sarkozie, c'est le pays merveilleux où l'Homme se révèle, se réalise tel qu'il est vraiment.
Qu'importe que Kouchner ait été de gauche, membre de Médecin sans Frontières, qu'il ait alerté sur des désastres humanitaires et se soit mobilisé pour des pauvres en France (et on oubliera Total en Birmanie, et on oubliera qu'à part alerter et mobiliser des caméras, ... c'est un peu un BHL avec un stétoscope), devant un ministère, il a cédé.
Qu'importe que Rama Yade soit issue de la Françafrique, qu'
elle ne soit pas de droite, qu'elle insulte à Khadaffi quand son président le reçoit en grandes pompes, où qu'elle ait votée non au TCE. Devant un ministère (ou un secrétariat d'Etat), elle a cédé.
Qu'importe que Rachida Dati soit une ancienne du PS, issue du maghreb dont elle gomme ses origines, peu agréable et peu compétente durant ses études. Devant un ministère, elle a cédé (elle s'est sacrifiée de bon coeur).
Qu'importe que Frédéric Mittérand soit le neveu de son oncle, ancien du MRG et proche du PS, qu'il porte la caution de son nom, que Cathernie Tasca (PS) l'ait nommé président de la Commission d'avance sur recette du cinéma français (on rajoutera que c'est Nicolas S. qui l'a nommé directeur de la Villa Médicis). Devant un ministère, il a cédé.
Qu'importe que Michel Mercier soit un proche de François Bayrou, trésorier du MoDem, dont la ligne de conduite avant les Européennes était "haro sur le président". Pas trop fort non plus, il ne s'agissait pas de voter une motion de censure avec le PS, ou de boycotter Versailles. Simplement de vendre un bouquin, faire de la thune et se barrer aux Bahamas. Qu'importe donc l'amitié, et c'est lui mon exemple le plus flagrant. Devant un ministère, il a cédé.
Ainsi, gloire soit rendue à Nicolas S. qui, en plus d'être
bien entouré un fin stratège politique, nous montre que l'Homme, politique en particulier, mais simplement parce que ce dernier a les moyens de ses ambitions (rarement expression aura été si bien adaptée à une situation) est misérablement corruptible.
Rappelons-nous du
blason de Brassens.