25 novembre 2009

Workaholic ?

2 mois.
Ca fait 2 mois que mon agenda est plein tous les soirs.
2 mois que je dors environ 6h par nuit.
Moi qui tourne d'habitude autour de 10.
Toutes ces activités ...
Je ne sais pas, je ne comprends pas pourquoi je fais tout cela. Je me trouve des milliards d'activités (café-philo, cours, projets de fac, musique, directeur, organisation ...) . Tous mes soirs qui sont pris sont pris par des activités que j'ai choisies sans qu'on me force la main. Du tout. Au contraire, pour beaucoup, c'est moi qui ai essayé, parfois avec force, de les avoir.
Mais je ne sais pas ce qu'il y a derrière.
  • si c'est une envie de découvrir toutes ces activités, et tant pis si je dois en souffrir un peu,
  • si c'est une envie de me détruire, et tant qu'à faire, autant que ce soir avec plaisir,
  • si c'est de la peur de l'ennui, ce dont je doute vraiment. Parce que je suis tout-à-fait capable de rester plusieurs jours sans dire un mot, sans voir quelqu'un, et sans que ça me trouble outre mesure,
  • si c'est du temps à rattraper : je serais resté trop longtemps endormi dans mes années avant,
  • si c'est pour me prouver que je suis capable de survivre à ça, à ce rythme inhumain,
  • si je poursuis un héritage familial de la valeur travail. J'appliquerai donc la nuit l'antithèse de ce que je fais le jour ... j'en doute,
... je ne sais pas.

Mais ce qui est sûr, c'est que depuis une semaine, mon corps est en train de me rappeler à la normalité ... et ça commence à être dur ...

NB : évidemment, il ne faut pas s'étonner s'il ne me reste que quelques heures pour séduire ... Finalement, ça n'importe peut-être pas/plus tant que ça ...

Je retourne dormir les yeux ouverts, c'est une technique de sioux.

22 novembre 2009

A céder ...

Quelques consoles, quelques magazines et un ordinateur, pour pièces.

Nb : je garde les souvenirs.

21 novembre 2009

Mais oui, mais oui, l'école est finie

Aujourd'hui avait lieu mon dernier cours. Ca m'a fait bizarre de quitter ces petits cons. Se rendent-ils compte de la certaine émotion qu'on éprouve à cette idée ? Même avec seulement 13h, on se surprend à vouloir les protéger, les mettre en garde contre les difficultés de la vie. Et tant pis s'ils ont un âge où j'aurais sans doute mal accepté qu'un bellâtre de prof vienne me proposer son aide.
Je leur ai souhaité bonne chance pour leur examen. Et je leur ai aussi dit qu'en vrai, l'examen c'était pas si important que ça. Et je leur ai donc souhaité d'être heureux dans leur vie. C'est tout. Même si à ce moment-là, ils étaient plus occupés à ranger leurs affaires et fantasmer leur week-end qu'à m'écouter ... Ces petits cons !
Je leur avais également demandé de me donner leurs impressions sur ce TD, pour l'améliorer. En se souvenant que, comme dans les arts, une bonne critique, ça fait plaisir 5 minutes, et une mauvaise, ça te mine pendant 6 mois. J'avais très peur de trouver des retours du style "arrêtez d'être prof", "l'enseignement, c'est pas pour vous" ou "vous êtes trop nul". Et bien non ! Rien de tout ça ! Oh, bien sûr, j'ai trouvé des fiches d'étudiants avec qui c'est pas passé terrible, mais dans l'ensemble (ouais, quand même 22 retours positifs sur 40 exprimés), non seulement rien de désagréable, mais en plus constructif et relativement objectif.
On va pas se mentir, une déclaration d'amour ou un rendez-vous coquin m'aurait bien plu, mais de déclaration enflammée, aucune. Pas plus, finalement que de lettres d'insulte.
Je sais pas si c'est mieux comme ça, mais c'est comme ça.
Le prof a fini ses cours, il espère que ça s'est pas trop vu que c'était sa première année, et il vous souhaite bonne chance dans votre vie, bande de petits cons. Soyez heureux. Maintenant dégagez avant que mes yeux ne me piquent trop !
J'ai rangé une dernière fois la classe, j'ai regardé mon pull noir dont ils se sont bien gardés de me dire qu'il était plein de craie dans le dos (quand je te disais que c'était des petits cons !), je suis allé fermer la fenêtre, j'ai respiré l'odeur de la salle, et j'ai éteint la lumière. Et dans le calme retrouvé des bureaux désertées, je les ai tous revus. La belle Marina, les charmantes Charlotte, Flavia, Fanny et Emmanuelle (mon carré de reines), l'exubérante Angelina, la sérieuse Ludivine, la boudeuse Malika ; et puis les mecs aussi. Les fanfarrons, Julien, Nicolas, Gaël, Florent qui me ressemble tellement que j'ai eu autant envie de le virer que de l'inviter à mes soirées, ses collègues, Jérôme, Nicolas et Lilian, les Olivier, Romain, Michel, les vrais fayots et les faux suceurs, ... Je les ai tous revus. Ils étaient tous là.
Alors je leurs ai dit une dernière fois au revoir, et j'ai fermé la classe.

Et au milieu de la quarantaine de fiches, une, avec cet aveu, qui m'émeut à chaque lecture :
Vous êtes le seul prof à connaître mon prénom ...

Bonne suite, petits cons.

19 novembre 2009

Le studio d'enregistrement

Hier, on s'est pointé 30 minutes avant la répet' pour visiter le studio d'enregistrement. Et vous aurez bien noté : ce n'est plus le studio de répet', mais le studio d'enregistrement. Là, ça rigole plus !
Si vous avez jamais vu de studio d'enregistrement ailleurs que dans des clips de RnB et de pseudo-reportages de M6, ça ressemble à ça :

Capt'ain Kirk à Entreprise
Un studio d'enregistrement, c'est d'abord effectivement une régie immense, un tableau de bord monstrueux, des "packs" (je savais pas ce que c'était) format A3 au moins, une console avec des potards qui bougent tout seul, un Mac Pro et 2 écrans (il faut au moins ça). Des enceintes qui doivent coûter une petite voiture, et un mobilier pour supporter tout ça.
Dans la régie, il y a l'ingénieur du son.
C'est au choix ton pire ennemi ou ton meilleur allié.
C'est lui qui doit faire en sorte que l'individu lambda entende dans son balladeur ce que tu entends quand tu répètes.
Un exemple ? Pour tester le matos, ils (les tauliers) ont fait, à 2, tinter 3 instruments et demi, ils ont dit 2 conneries dans un micro, et ils ont bouffé une pizza. Après 1h ou 2 de travail en régie, ils ont un truc qui passeraient sans problème en lounge, jingle radio ou musique d'ascenseur. Les voix sont douces et chaudes, le rythme presque bon (surtout quand tu considères qu'ils ont pris la batterie caisse par caisse, cymbale par cymbale) et le tout largement professionnel. On fait plus du garage là !
Le mec qui nous a accueilli avait l'air de toucher ... même s'il nous parlait d'informatique comme si c'était quelque chose de très compliqué. Il nous dit ça à nous !!! Alors que mon frère pourrait livrer les prochaines specs de Cuda, et que Patrice et moi, on en fait notre job depuis plus de 10 ans !!! Ca a du bon d'être informaticien, finalement. Sûr, tu lèves pas beaucoup au Macumba, mais au moins, quand un mec essaie de t'enfumer sur ça, tu le remets gentiment à sa place et tu arrives plus vite à l'essentiel.
Il comptait aussi nous impressionner avec son suréchantillonnage 24 bits 96kHz. Alors qu'il était pas foutu de retrouver les spécificités du CD (16 bits, 44kHz).
Mais à part ça, sérieux. Il a largement insisté (et m'a convaincu) sur l'impérieuse nécessité de passer du temps, beaucoup de temps, en mixage.

Après la régie, la 2nde partie la plus importante est la salle :

Aussi grande que la régie (je devrais dire que la régie est aussi grande que la salle, pas fou les IngéSons !!!), la nôtre peut facilement accueillir 2 personnes. Tu parles d'un luxe puisque de notre côté, on sera 3 et que le batteur est dans une autre pièce (on la voit au fond sur la photo). Si tu connais mon appart, tu reconnaîtras immédiatement la déco. Forcément que j'ai aimé, tu parles ! Je veux dire, 35m2, 2 chaises, 1 tabouret, 1 guitare et 1 ampli ... j'étais à la maison ! J'ai bien fait de m'écouter et de conserver ma déco spartiate. Monacale !

Je pourrais t'en parler, et je vais le faire, mais ça va rien te dire, ça va sonner creux. C'est le cas de le dire. Voilà :
le son est bizarre.

Comment te dire ? On entend pas pareil. Les sons sont pas pareils. Quand tu parles, les voix sont différentes. Pas comme si t'avais avalé de l'hélium, hein, mais je dirais douces, feutrées. Quand tu marches sur le parquet, ça fait pas ce bruit sec. Bien sûr, tes talons (oui, mes chaussures ont des talons !) claquent dessus, mais le bruit qui en revient n'est pas sec. C'est très dur à éxpliquer. En fait, encore plus dur à se figurer. Je pourrais citer les infos sur le site, te dire qu'ils ont - peut-être - travaillé la réverb', mais tout ça, comme le suréchantillonage de là-haut, tu t'en cognes et tu as raison. C'est que le résultat final qui compte. Alors, pour résumer, laisse-moi te dire comment ça fait :
c'est reposant.

L'ambiance qui règne ici est reposante.
Alors que 5 minutes plus tard, dans ton studio de répet', au 1er coup de caisse claire, tu redécouvres très vite ce que signifie le mot "agressivité".
D'ailleurs, une fois de retour en régie, j'ai compris pourquoi les gens étaient prêts à mettre de la thune dans de la HiFi, de la vraie, et dans de l'insonorisation. Je veux dire, certains des haut-parleurs font plus de 50cm ! Et en fait, tout ici inspire le calme, la réflexion. T'es vraiment hors du monde. Voilà, c'est ça. Le monde autour n'existe plus. Tu oublies que tu es dans une ancienne ferme, près d'un aéroport, à côté d'une jonction d'autoroute, dans le sud de la france le jour d'un match de foot minable.

Patrice était inquiet par rapport à nos compétences. Je lui jette pas la pierre, il a toujours été comme ça. Mais quand l'IngéSon (je parle trop comme si j'étais du métier) nous a conseillé de n'enregistrer que 2 morceaux, il a été soulagé.
Ah ! Pourquoi 2 morceaux ? Ca fait plus de 6 mois que je travaille sur 4 (en fait 9) morceaux, et au final, on en garde que 2 ? What the fuck !!!
Mais si, calme-toi et fais comme moi.
  • Soyons clairs, les producteurs reçoivent plus d'un CD par jour, tous les jours. C'est pas innocent. En moins d'un jour, il faut décider si tu vas investir des millions (bon OK, des milliers) d'euros sur un gugusse révolté contre la société qui est vraiment trop méchante avec lui (ah, les artistes maudits). Tu crois vraiment qu'ils vont passer plus de 10 minutes à écouter ton "oeuvre" ? 4 morceaux, c'est beaucoup d'investissement (temps, argent, espoir) pour peu d'espoir, justement. En statistique, ça s'appelle l'espérance et ici, elle est relativement basse.
  • J'autoproduis. Et à 360€ la journée, crois-moi que tu fais attention à où va ta thune.
  • Je veux enregistrer avant Noël. Je vais avoir 33 ans, il me reste donc peu de temps pour être une jeune star. J'ai objectivement quand même plus de risques de finir comme vieux con.
  • Le niveau. Il faut voir les choses en face. Mon batteur a un niveau mais ne travaille pas, mon bassiste débute et ne travaille pas. A nouveau, je leur jette pas la pierre, on était tous conscients de ces limites. Mais à un moment, il faut être objectif et faire ce qu'on peut avec ce qu'on a.
Ainsi, 2j. 0.5 de prise de son et 1.5 de mixage. Oui, tu as bien lu : 25-75 !!! Pareto n'est pas loin. Alors, tu vas beugler contre les charmes surfacturés des artistes surproduits. Tu citeras, à juste titre, les groupes qui sortent des albums trop léchés, avec jusqu'à 30 guitares (oui) sur un morceau, et des prestations scéniques à peine honnêtes (oui Oasis, je parle de toi !!!). Et tu auras raison. M'enfin, soyons clairs : tu irais voir en concert un groupe dont l'album a un son pourri ? Tu achéterais un album que même avec ton vieil enregistreur à cassette ou le micro de ton portable, tu aurais un son meilleur ?
Et puis, tu crois que mes morceaux sont finalisés depuis 2 mois ? Ca va aussi être une grosse limite, ça : j'ai envie de rajouter plein d'instruments.
Tiens, si je rajoutais une 5ème guitare qui ferait ça (chantonner une mélodie débile) ? Tiens, si je rajoutais une deuxième basse ? Tiens, après la tierce et la quinte, pourquoi ne pas rajouter une 2nde fondamentale ?

Alors oui, 1.5j de mix, ça va pas être trop. Et puis, depuis 2 mois de répet' sur les morceaux qu'on a choisi, ça serait le diable qu'on arrive pas à les sortir en 3h !!!
Les morceaux que nous avons retenu sont :
  • C'est comme ça (et j'emmerde Florent Pagny !)
  • I'm a jerk
C'est sans grande suprise de ma part qu'on a écarté Demain comme aujourd'hui, à la sonorité beaucoup plus folk. Et de toutes façons, on met jamais son 1er morceau. De même, on a mis de côté L'amour imparfait. Malgré son audace (2 dissonnances), la - subjective - qualité de ses textes et le lien fort que j'ai avec elle, puisque ça raconte l'échec de mon couple.

Voilà.
Je suis à nouveau comme un gamin, impressionné, enthousiasmé, mais redevenu terriblement timide. Timide. C'est ça le mot. Je l'ai été pendant toute mon enfance et mon adolescence. Quand je te disais qu'on échappe pas à ce qu'on est. Même si physiquement ce n'était pas le cas (vautré comme un salaud dans un canapé à 2 SMIC, je feintais un aisance terrible, une assurance parfaite), j'étais rien qu'un petit gamin en salopette bleue à culotte courte, avec un sous-pull orange en lycra, recroquevillé sur lui-même dans un coin d'une immense salle.
Qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je m'apprête à faire ? Est-ce que mes musiciens me trouveront à la hauteur ? Est-ce que je serai à la hauteur ?
Et puis, la question qu'on ose pas se poser mais qui est évidemment très présente : est-ce que ça va marcher ?
Alors, quand l'IngéSon m'a demandé "c'est quoi votre objectif ?", c'est tout naturellement et très spontanément que je lui ai répondu :
Devenir des rock-star mondiales

...
Ce n'est qu'après l'avoir dit que je me suis rendu compte de tout ce que ça avait de naïf, d'irréfléchi, de provocateur, alors qu'en fait, non pas du tout !

J'étais juste pour une des rares fois dans ma vie, complètement sincère.

Ma parole n'était pas passée par le filtre de mes pensées de mise-en-forme (dis pas ça, il va penser ça, reformule, met un adverbe pour nuancer, attention au feedback, joins d'un clin d'oeil ...)
En disant ça, j'étais nu devant lui. Et sans gêne aucune. C'était mon moi véritable. Souvent, on me reproche de ne pas me dévoiler, d'avoir une carapace, de ne rien dire. Bêinh voilà. Hier, l'espace de 2 secondes, je vous le dis à tous, j'ai été moi.
J'ai été aussi franc et honnête que je ne le suis pas quand, en soirée, je n'ose pas dire à une fille que je trouve sa poitrine très jolie (en même temps, à 4g de vodka, meugler "t'as des booooooooo nichoooooooooooonnnnnnnnnnnnnns" a rarement été quelque chose de suffisamment élégant pour que je veuille m'en glorifier !)

Devenir des rock-star mondiales ...



Nous entrons en studio dans 20j.

14 novembre 2009

Jean d'Ormesson avait raison !

Quand j'écoute "Non homologué", je suis découragé de la distance qui me sépare du maître. Mais quand j'écoute "Entre gris clair et gris foncé", c'est pire !

* : Jean d'Ormesson avait raison parce que dans son dernier bouquin, il a écrit :
Mieux vaut viser Rimbaud ou La Bruyère et rester loin derrière que viser Bordeaux, ou Feuillet ou Sartre ou Eugène Sue ... et risquer de les atteindre.

... outre le fait que je ne sais pas ce que d'Ormesson a contre Sartre ou Sue !

13 novembre 2009

143, rue Ordener

Je regarde cet appartement défiler,
celui où j'étais venu il y a quelques temps ...
celui où nous avions fait l'amour.
Celui dont, finalement, tu vois, j'avais raison, je suis guéri.

Ces murs sombres et étoilés,
le successeur de ton ordinateur poussif,
la table basse et le cendrier...
Peut-être même, par moment, ta voix.

Tu vois, j'avais raison.
Je suis guéri.

10 novembre 2009

Mourir face au cancer, par arrêt de l'arbitre

C'est l'histoire d'un homme issu d'une famille modeste.
Il grandit dans un village du sud de la France.
C'est l'aîné d'une famille nombreuse.
Il a des facilités et aussi un poil dans la main.
Il fait des facéties et sait être sérieux.
Il est charmant et plaît.
C'est l'histoire d'un homme qui grandit et qui a une situation, des enfants.
Il a quelques résultats et finalement parvient à quelque chose dans la vie.

Nous sommes là, debout dans le jardin, à contempler le Lubéron. Un peu en bas, la piscine n'en finit plus de recycler son eau. Je l'écoute me présenter ses moyens, sa philosophie, son unique moyen, pour en arriver là où il est arrivé (ça veut dire, assez haut), héritage implicite de son père : le travail.
Le sacro-saint travail qu'on a essayé en vain, je m'en aperçois bien à présent, de m'inculquer comme seule valeur salvatrice et élévatrice de ce bas-monde matériel.
Mais à l'époque, je n'étais qu'un petit con ambitieux. Pour moi, la Mercedes Classe C était une accession à la Classe E, une étape, la maison, le 1er pas d'une série d'investissements malins bien sentis, la famille, celle que je devrais fonder, une question floue. Et finalement, et paradoxalement, j'étais complètement dénué de confiance en moi.
Je buvais ses paroles avec autant d'espoir en un avenir à venir que de masquage de la réalité.
L'absence.
Ne pas voir grandir ses enfants.
Profiter peu, au fond, de ce qu'offre cette masse de travail.

C'est l'histoire d'un homme qui va perdre contre la maladie, sans avoir eu 60 ans.

Et le lecteur pérore, jubile presque. Ah mais non ! Ca ne passera pas par moi ! Moi je saurai m'en méfier, moi je saurai faire, moi je, moi je ...

Tu m'emmerdes avec ton "moi je".

Je me souviens de cette discussion, de cet échange de voici 5-10 ans, avec mon oncle, un des points où nous sommes allés au plus profond de notre intimité (oui, on est plutôt pudique dans la famille). Je regarde ses enfants qui vont perdre leur père, je regarde cette petite-fille qui ne connaîtra pas son grand-père, ou à peine par quelques photos, peut-être un souvenir et je pense aux autres petits enfants, ceux à venir, qui n'auront même pas cet élément. Je pense à ses frères et soeurs, ma mère, qui vont perdre leur frère, et sa mère, qui va sans doute perdre encore un enfant.
On passe son temps à perdre ceux qui nous aiment.
Ce n'est rien.



Et puis, je me regarde.
Tellement semblable à lui dans ses bases.
Mais moi je saurai faire, hein ? Pas vrai ? Bien sûr que je ferai différemment, puisque je le sais, puisque je suis évidemment très intelligent, et puisque l'exemple de mon oncle est présent, puisqu'au présent. Hein ...
Pas vrai ?
...

Je dis ça avec ce sourire crispé de celui qui sait qu'il a tort.
Mes mensonges ne me trompent même pas. Je me cherche des milliers d'activités qui ne me laissent plus qu'un jour de repos tous les 15j, je ne vois mes filles qu'un week-end sur deux, je me garde juste un soir pour faire la fête avec mes amis et m'écrouler sous des décilitres de Vodka-glace, et les quelques inconscientes qui succombent à mes charmes ont plus à faire à mes textos qu'à mon corps.
Il faut toujours se méfier de quelqu'un qui a un Blackberry.

On passe son temps à perdre ceux qui nous aiment.
Ce n'est rien.

08 novembre 2009

Toi aussi, sois prof !

Je voudrais remercier ma femme.
Parce qu'au détour d'un cours, j'ai eu des démêlés assez violents avec une étudiante. Alors, on peut faire le malin, mais au milieu d'un TD, avec 34 autres étudiants, crois-moi que t'as intérêt à rassoir ton autorité fissa-fissa.
Et puis c'est une question d'orgueil !
Je lui intime donc l'ordre de fermer sa gueule, ce qu'elle fait à mon grand soulagement, et lui propose un entretien viril en dehors de la classe. Elle accepte le duel et là, crois-moi, y'a plus un mot dans la salle. Et dans une salle peuplée comme ça, ça fait bizarre.
J'ai toujours admiré les profs qui après une crise, arrivaient à trouver immédiatement le bon mot pour remettre une ambiance sereine et joviale. Et bien en fait, on le fait pas parce qu'on est génial, loin s'en faut, mais parce que c'est ce qu'il faut faire.
Vite et bien.
C'est une question de survie. On le fait pas parce qu'on est bon, on le fait parce qu'on le doit.

Ainsi, une fois dans le couloir, discussion musclée, avec tout ce qu'on peut imaginer de cinéma, de larmes, d'idées niaiseuses et de préjugés de séries américaines. A gerber.
Je voudrais remercier ma femme, parce qu'au moins, j'ai été entraîné à gérer autant de mauvaise foi, de méchanceté à peine détournée, d'égoïsme, et d'immobilisme*. Et je n'ai mis qu'une demi-heure à faire en sorte que cette petite conne retourne s'assoir à peu près calmement.
Après, le cours a eu lieu à peu près normalement.
Les profs devraient tous être séparés.


Elle a continué à jouer au Sudoku sur son portable, mais elle a fermé sa gueule. Note pour plus tard : virer des étudiants est un droit du prof.
Je pense, au final, que je m'en suis à peu près bien sorti, même si plus de 48h après, ça me trotte encore dans la tête. Je regrette surtout d'avoir passé autant de temps avec elle au détriment des autres.

Est-ce que tous les profs s'interrogent, se remettent en question jusque dans leur vocation dans de tels cas, dans d'autres ?

* : sur le fond, je grossis le trait. Sur la forme, c'est un euphémisme.