17 décembre 2009

Et mes chaussettes rouges et jaunes à petit pois

Ce qu'il y a de fabuleux avec les sites de développement personnel, c'est l'improbabilité des articles postés. Depuis le Popular de Nada Surf, je suis fasciné par le pouvoir de l'impératif (mais moins que celui de Milgram). La manière dont le lecteur arrive à s'auto-conditionner pour pouvoir se convaincre que ce qu'il lit relève de la philosophie profonde, même si à première vue, c'est très basique. Et malheur à celui qui ne voit dans ce message que du commun et de l'évidence. La communauté des autres suiveurs (Twitter n'a rien inventé) le condamnera illico avec la phrase-sentence :
Tu n'es pas prêt à entendre le message. Le chemin est encore long pour toi.

C'est peut-être effectivement le cas, et parfois, ça m'est arrivé. Mais je n'ai pas d'exemple en tête pour l'instant. Un livre, à la seconde lecture, suffisamment espacée, me fait hurler :
Oh putain que c'est puissant !!! Je l'avais pas lu la 1ère fois, ça ?

Mais à nouveau, c'est rare.
A contrario, "l'amour dure trois ans" assène des vérités avec des phrases simples sans se perdre dans des lieux communs.
C'est bien que Marc Lévy refasse lire les gens. C'est mieux que Beigbeder les fasse réfléchir.

Sur les sites de développement personnel, on voit des articles improbables :
Met une culotte rouge et tu seras imbattable.

Pas de bol en France, la pub a déjà fait
En Devernois je suis moi.

C'est un des premiers posts qui m'a fait me dire que, peut-être, Zen Habits se foutait un petit peu de notre gueule. Que les sites de coaching en général (pourquoi seulement Leo Babutta ?) suivaient un peu cette tendance, et que finalement, la motivation ultime venait peut-être plutôt de son for intérieur. Pourquoi attendre son propre bonheur d'un autre ?

Je ne crois donc pas trop à cette idée.



Et pourtant ...
Et pourtant ...

Ce matin, j'ai mis mon caleçon fétiche. Celui que j'avais mis pour aller voir Karine (mais il n'y a pas de lien de cause à effet).
Et j'ai fait exprès !
Parce qu'aujourd'hui, on enregistre !

15 décembre 2009

Des cendres d'avant

De mon mariage, je ne garde pas grand chose, quelques cendres ... d'avant. C'est moins un constat d'échec qu'un aveu d'égarement. Je ne suis pas certain d'avoir voulu les choses que j'ai prises. Ou alors, a posteriori, je ne les ai plus voulues. Il est rempli de jouets cassés, l'itinéraire d'un enfant gâté ... Je partage encore quelques souvenirs avec la mère de mes filles. Disons que j'ai quelques souvenirs avec elle, où elle apparaît. Mais au final, et avec tout le respect et l'affection que je lui porte, ce ne sont, aujourd'hui, plus que quelques belles images perdues au milieu de déception. La situation, je le crains, modifie la mémoire.
Le futur antérieur a chassé l'imparfait.

Quelque fois, je passe devant le Pascal Paoli. Je regarde un peu Babel, mi-dédaigneux, mi-impressionné. Je le confond avec le Monte-Cinto, mais le Pascal Paoli ne m'amènera jamais à l'Ile-Rousse. Ni moi ni personne : son port d'attache est Bastia ! Qu'importe ! Je me souviens des maillons de la chaîne d'ancre, chacun gros comme un homme. Mais pour aller en Corse, je me souviendrai mieux de l'avion, la première année, et de la Twingo de location. C'était en ... je ne sais plus quand c'était. Je portais une chemise légère et nous avions loué une voiture. C'était une des 3 seules fois où je nous vois réellement en vacances. C'est là que je me suis familiarisé avec le développement Megadrive. Je reviendrai à l'Ile-Rousse. Je me poserai à Calvi. Je marcherai encore sur le tarmac en chemise de coton et lunettes de soleil, dans le vent chaud du printemps qui se cherche. Je prendrai encore une voiture de location, rouge, sans toit. Je roulerai encore sur les routes de Corse, qui bordent la mer et frôlent la montagne, et tombent dans le ciel et s'échappent dans la mer.
Le futur chasse le présent.

Le matin dans ma douche ... la douche est souvent le moment des plus grandes révélations. C'est sous la douche que mon cerveau se réveille, et trouve, parfois, une idée géniale qui m'occupera pendant une semaine, parfois plus, parfois moins. Sauf pour l'inspiration. Qui elle, ne prévient pas ; mais n'est absolument pas matinale. Passons ! Je me suis souvenu de la douche du Mexique, de l'hôtel El Caracol, devenu Sandos Caracol après la tempête de 2006. Il faut s'imaginer une douche à l'italienne de 6m2, en fin carrelage mauve et ocre. La chambre était immense et le lit plus large que long ; j'ai toujours voulu un tel lit par la suite. C'est déstabilisant de constater que les chambres des jeunes mariés sont équipées pour recevoir 3 personnes ... Le balcon était immense et donnait sur la piscine, et le soleil, et la mer. Je retournerai au Mexique, incognito des faux taxis et vrais voyous. J'irai encore me planquer dans ces prisons à touristes : je ne suis pas vraiment prêt à affronter un tel décalage avec la population locale : langue, niveau de vie, culture ... aujourd'hui je ne veux plus découvrir. Je me suis tellement perdu ... Je me suis souvent cru voyageur plutôt que touriste, mais je crois qu'à un moment, il faut s'accepter. Je reprendrai une suite, pour moi tout seul. J'irai avec ma guitare et je resterai dans un coin. Les touristes me regarderont bizarrement, manger des oeufs brouillés et du bacon, boire du coca et lire un livre. Scandaleux que d'aller si loin pour faire ces mêmes choses ! Je me verrai dans la foule de ces touristes dédaigneux, exactement comme j'ai été. Je rabattrai mes lunettes comme on ferme des stores, et je partirai. Anonyme parmi les touristes, ombre parmi les locaux, je n'existerai plus. Je jouerai et je marcherai, je regarderai et je me tairai. La nuit tombera, le ciel me montrera d'autres étoiles et les insectes chanteront, les nuages passeront bas et je les verrai.
Le futur chasse le présent.

J'aime de la Savoie (et des Alpes) le contraire de ce que les gens y trouvent : la neige. Oh bien sûr, j'adore la neige, puissent mes filles en voir plein dans leur vie. Mais la neige attire les routes bondées, les pistes surchargées, les bruits et la bêtise. Je préfère l'été à la montagne. Et quand il n'y a plus personne encore ! Nous avions eu pour le prix d'un T2 un 6 places. 3 lits pour de jeunes amants, c'est peu ; mais pour deux amoureux, c'est trop. Le temps passait indolent. Je faisais semblant d'être intéressé par mon travail ... ou plutôt, j'étais complètement sincère dans ma démarche, et je téléphonais à mes collègues qui avaient déjà fini leur vacances pour vraiment prendre de leurs nouvelles. Est-ce comme cela que l'on se perd ? A regarder les autres avant soi ? Jeune adulte, j'étais persuadé que l'altruisme était la valeur ultime, la Vertu de l'Homme. Je le pense encore aujourd'hui. Mais je crois que si on applique ce principe sans se connaître, sans s'accepter, ce n'est au mieux qu'une séance de psy dans un miroir, au pire la quête d'une bonne conscience bon marché contre la perte de soi. Mais je retournerai dans cette résidence, une semaine de septembre. Je reprendrai ce 6 places pour une bouchée de pain, j'y amènerai ma Gameboy et je jouerai à Zelda. Je regarderai les gens se baigner, comble de la vulgarité, et je partirai faire des longues marches en montagne. J'écouterai encore le silence et je verrai encore le vide à des kilomètres à la ronde. Je me perdrai encore au milieu des sommets d'une chaîne imaginaire, et je redescendrai prendre mon goûter, comme l'enfant que je n'ai pas encore cessé d'être. Je me ferai encore surprendre par les orages de la fin de l'été, je regarderai la montagne me rappeler la petitesse infinie de l'Homme face aux éléments. Loin des chaleurs abrutissantes de l'été dans le Sud, je goûterai encore le froid mordant des nuits de l'automne en avance, à l'abri, sous une couverture. Courchevel, ou Méribel, je l'ai jamais vraiment su, sur l'autre vallée me saluera, et la cascade qui vrombit dans le village me bercera.
Le futur chasse le présent.

Je ferai tout cela, je te le promets. Je ferai tout cela, et plus encore. J'ai des rêves plein la tête, du soleil dans les yeux et des étoiles dans mes mains. Je ferai tout cela ; j'irai. Seul ou à deux.
Le présent chassera le plus-que-parfait.



Dans chacun de ces endroits, ma femme, j'ai déjà dispersé, dans mon esprit, les cendres de nous, les cendres d'avant ...



Ps : Diane Tell a dit "Les femmes que tu aimes sont dans les endroits que tu aimes".
Mais dans ces endroits, il n'y a personne !
Que des fantômes.
De mon épouse.
...
Et de moi.

11 décembre 2009

I tried love

Et si la Nasa avait regardé les problèmes du décollage de Columbia ?
Et si les Américains n'avaient pas marché sur la Lune ?
Et si on avait évité Apollo I ?
Et s'il n'y avait pas eu Apollo I ?
Et si les Russes avaient laissé couler le Koursk ?
Et si le virus de la grippe A était juste une nouvelle invention pour nous faire peur ?
Et si Ebolah était une expérience militaire qui avait mal tourné ? Et le VIH ?
Et s'il n'y avait jamais eu d'armes de destruction massive ?
Et si les avions des tours avaient été téléguidés ?
Et si c'était un missile qui s'était écrasé sur le Pentagone ?
Et s'il n'y avait pas eu de terroriste dans le métro de Londres ?
Et si Oswald n'avait pas tué Kennedy ?
Et si Jésus n'avait pas existé ?
Et s'il existait un Dieu ?
Et si les Allemands n'avaient pas élu Hitler ?
Et si nous n'avions pas élu Sarkozy ?
Et si nous avions élu Le Pen ?
Et si personne n'avait intérêt à ce que le chômage baisse ? Et le NAIRU ?
Et si personne n'avait intérêt à ce que la pauvreté recule ?
Et si personne n'avait intérêt à ce que les gens pensent ?
Et si personne n'avait intérêt à ce que les gens s'aiment ?
Pourquoi ne pensons-nous plus qu'en terme d'avoir intérêt ?
Qu'est-ce qui se passe quand nos repères basculent ?


- Tu m'aimes ?

08 décembre 2009

Veillée d'arme

J'ai une PUTAIN d'angine.
Aujourd'hui !
La veille de demain !
J'ai besoin de dire que je suis énervé ?



Mais allez.
Passés quelques coups de téléphone (studio, batteur, bassiste, choriste, photographe, docteur), on s'arrange.
Ce qui m'embête, c'est que j'ai mal à la gorge.
Et ce qui m'embête, c'est que le docteur (faut-il que je me sente malade pour appeler le docteur), quand je lui ai dit que je venais que demain, il s'est écrié :
Avec une angine ?!?

Il m'a mis le doute là !
Et je commence déjà à fébriler, à trembler, à avoir faim sans pouvoir rien avaler, avec en point de mire la surveillance de l'examen de mes M1 cette après-midi et en point d'orgue ... je le sais bien ... ma veillée d'arme.
La dernière fois, mon corps m'a montré. Il m'a dit :
Tu te souviens les médicaments qui nous ont volé nos douleurs ? Et bêinh voilà.

Il a gagné. A 4h, tremblant, bouillant, j'ai cédé et j'ai pris un aspirine.

Et ce soir, je sais que ça va se reproduire. Comme en Mars. Mes angines marquent l'hiver. Les signes avant-coureurs sont là. Les mains froides, l'impossibilité de se concentrer, évidemment ce mal à la gorge, les Drills qui n'agissent pas ... Un défi de plus. Angine-Olivier, 2ème round !

Je vais me blinder.
Je vais m'enfermer dans mon Fort Alamo, me réfugier dans mon bastion, me défendre dans mes mines de la Moria. Dans la chambre de mes filles, dans un lit une place, caché sous les couvertures, réfugié sous la couette, je vais lutter. J'aurais mes armes avec moi : du Fervex pour attaquer et j'irai acheter du Pastis ou du rhum pour déchaîner les enfers. Je mettrai mon armure-aspirine et j'aurai mon bouclier-Drill à portée de main. Et j'aurais, je le sais, l'esprit de mes proches avec moi.
Je sais que tu vas attaquer, fort. Comme la dernière fois. Et comme en Mai 96. Je me souviens de toi. Viens avec tes copines, parce que je ne te décevrai pas.
Je te connais, tu vas commencer par m'harrasser en fin de journée. Tu jubileras parce que je n'aurai pas pu reprendre des forces dans le bus qui ne me ramènera pas du travail ce soir. Et tu attaqueras dans l'amphi, quand je me concentrerai pour éviter, sacrilège, que mes étudiants ne trichent (à quoi bon, puisque la vie, de toutes façons, est une immense tricherie ?). Peut-être même avant. Peut-être que le dentiste t'aura vu. Tu vas me vider de mes forces pour que je rentre titubant chez moi. Et je reprendrai des forces, même si ça fait mal à la gorge, ta faille, ma crainte.
Pendant une heure, nous nous observerons en chiens de faïence, n'osant bouger, n'osant engager le combat. Qui attaquera en premier ? Tu feras mine de partir. Et je ne te croirais plus. Combien de fois est-ce que tu m'as eu avec ce petit stratagème ... Ca sera juste mon corps qui se redressera par orgueil, pendant que le noir entourera tout. Chambre, chaleur, ciel ... la nuit viendra, irrésistible. Même le soleil lui cède. Là, tu auras ta première victoire, ou j'appliquerai ma première stratégie : j'irai me coucher.
Tu me réveilleras, je le sais. Tu vas me réveiller. Pendant ces 4 heures, tu auras fomenté, grossi, construit, pour me réveiller, sous la douleur et la fièvre. Tu essaieras d'y ajouter la fatigue. Et c'est là que le combat final commencera. Tu mordras de partout, je t'inonderai de poison. Tu pèseras de tout ton poids microscopique, j'appelerai mes alliés moléculés. Tu partiras à l'assaut de mes lymphocites, mes phagocytes te dévoreront. Et plus tu m'affaibliras, plus je ferai brûler mon for intérieur. On verra si tu fais encore ta maline à 39.
Et à 40 ? Tu résistes à 40 ?

Comme le scorpion pris dans l'incendie, je ne saurai plus très bien ce que je fais ici. Peut-être même que je m'endormirai encore, avec le réacteur en chaîne encore en activité.
Et demain matin, je me réveillerai. En sueur et exténué. Avec ma gueule des mauvais jours et des cernes sous les yeux (oui, demain je ne serai pas séduisant. qu'on se le dise !)

Et je t'aurai maté.



Et si ça ne suffit pas, j'ai pris rendez-vous avec le docteur.



NB : je me suis amusé, hein. Ce n'est qu'une angine.
Si seulement les maladies se géraient comme on écrit une nouvelle ... qui finit bien, s'il vous plaît, qui finit bien. Il n'y a guère que dans la vie où les happy-ends à l'américaine sont bienvenus.

Edit du 11/12 : Bon OK j'ai souffert. 2 nuits à 40, j'ai encore un peu de mal à parler, et en 16 ans, j'ai perdu 1kg. Mais j'ai gagné. Je te l'avais dit, non ? Ah ! Je t'avais pas dit que je prendrais des antibiotiques ? C'est aussi ça la guerre. C'est aussi ça la dissuasion. Comme Maverick, je te promets que je vais perdre pendant 1 heure, et je bluffe rarement.
Mais allez va, jubile !
Parce que je suppose que c'était comme ça, il y a 200 ans, qu'on mourrait. A cause d'une angine. D'un simple petit rhume qui dégénère. Il y a 200 ans, tu m'aurais tué. 2 fois.
Il en a fallu des progrès pour que l'expression "attraper un rhume" remplace "attraper la mort". Et quand on a dit ça, on a tout dit.