24 mai 2010

Papa va revenir

Après avoir lu le texte de Fugain sur la mort de sa fille,
après m'être mouché copieusement comme je pensais ne plus pouvoir pleurer depuis longtemps,
je vais voir mes filles dans leur sommeil.
Héritage d'une autre époque où, avec leur mère, nous allions voir celle qui n'était pas encore "la grande", en opposition à la "petite". Tapis dans l'obscurité, entre crainte et jubilation, nous observions ce petit bout de vie apaisé. Nous sortions rassereinés de sa chambre.
Là, seul, dans la chambre de la grande, j'observe à nouveau "ma" grande. J'avais perdu cette habitude. N'habitant plus dans la maison, bien sûr, mais même avant mon départ, j'avais perdu cette habitude.
Comme quoi, tout fait sens.

Agenouillé à un mètre de son lit, je l'observe, paisible. Nos enfants se doutent-ils des regards indiscrets et nocturnes de leurs parents ? Je regarde ma fille et ne vois déjà plus les traits de celle que j'ai bercée tant de fois, endormie au creux de mes bras, en couvant ses yeux interrogateurs d'un regard bienveillant qui lui promettait toute la confiance du monde.
Si j'avais su ...
Si elle avait su ...

On a beau dire, on a beau croire que dans toute séparation, le tort est partagé, et il l'est très certainement, le fait est que certains soirs, je ne veux pas le dire, et que je porte toute cette culpabilité comme un fardeau un peu trop lourd.
You think that I'm strong, you're wrong.

Mais le plus dur, l'épreuve la plus terrible, m'attend, je le sais, dans l'autre chambre.
Prudent, je pénètre entre les 4 murs violets que je peignais peu avant son arrivée, peu avant mon départ - comment lui expliquerai-je que les deux ne sont pas liés ? Simple équité et partage de l'amour, il est normal que j'aille veiller ma "petite", ma grande petite fille. Et déjà en sortant de chez Romane, je n'étais pas bien fier ; là, je suis terrassé par cette petite fille de 31 ans ma cadette et, alors que la journée je la toisais d'un regard sévère et autoritaire, là, c'est elle qui par le seul calme de son sommeil me cloue sur place, m'interdit.

Vaincu, je quitte humblement sa chambre en balbutiant en pleur des excuses minables que mes filles n'entendront pas.

Bonne nuit mes chéries, Papa veille sur vous.