Je ne veux pas te partager, mon amour. Je ne veux pas être celui que tu retrouves, surtout virtuellement d’ailleurs, lorsque l’autre te laissera un moment. Tu peux appeler ça de la jalousie, ce qui serait le plus mauvais service à te rendre, mais tu aurais tort. Parce que c’est tout, absolument tout, sauf de la jalousie. Tu peux appeler ça de l’égoïsme, et tu serais sans doute plus près de la réalité. Au final c’est sans doute plus certainement de l’amour propre : je ne veux pas m’abaisser à être l’outil de distraction dont tu te sers lorsque tu en as besoin, une espèce de radio que tu allumes uniquement lorsque tu le souhaites, et que tu éteins lorsque tu n’en as plus envie, ou lorsque tu ne peux plus écouter Radio Londres.
Et je vais plus loin : je ne resterai pas que pour du virtuel. Cette non-relation peut avoir du charme, peut avoir son charme, le charme discret et romantique des conversations épistolaires du XVIIIè … Ah ! Comme il était beau alors ce temps, comme les poèmes lancinants sonnaient bien sur le lac de Lamartine, et comme les hommes savaient parler aux femmes !
Foutaises !
Lamartine est un con,
Ses poèmes n’ont jamais servi qu’à émasculer les milliers d’eunuques qui se sont précipités durant des siècles à sa suite tandis que ce cochon lubrique cueillait dès l’instant présent les fleurs qu’il avait courtisées,
Et les femmes préfèrent les hommes qui les prennent sans les comprendre que ceux qui les comprennent sans les prendre.
Et moi, tu crois qu’après 15 ans d’une enfance et d’une adolescence à respecter scrupuleusement toutes les règles de la séduction vantées par la société moderne et des dizaines de DVD de Friends, tu crois que maintenant, je vais continuer à être un béni oui-oui de l’observation féminine ?
Ainsi, dans ta bouche, lorsque j’entends le terme amitié, j’arme mon revolver.