18 juillet 2010
Je t'ai tant aimée (Chapitre XVIII)
Le départ d’Angleterre s’est mal passé, pouvait-on réellement imaginer autre chose ? Tandis que mes compagnons se réjouissaient de retrouver leur home sweet home, je ne pouvais m’empêcher de voir dans cette campagne londonienne urbanisée tous les signes qui vous retiennent, ceux d’une terre qu’on aurait connue dans une autre vie et pour laquelle on a encore un attachement, un enracinement profond. Tout me plaît en Angleterre. Les gens, la mentalité, le flegme, la suavité des filles, l’agressivité des garçons, l’intelligence d’une île qui a résisté, toujours, une vision souvent à l’opposé, mais toujours à l’unisson de la France … une espèce de Corse, mais sans le soleil, et donc la chaleur que j’exècre. Et une histoire, ô combien riche ! On peut se galvaniser de la France, se souvenir de la vanité dont nous avions alors les moyens, nos grands rois et nos actes humanistes, notre Révolution évidemment spontanée, ni provoquée ni récupérée par une autre classe dirigeante que celle qu’elle était sensée détrôner, on aurait tort d’oublier que l’Angleterre aussi a vécu de grands moments, parfois, plus beaux, parfois plus laids que nous. De Churchill à Thatcher, de Victoria à Elizabeth, d’Edouard II à Cromwell … Enfin, et surtout je le crains, j’aime l’Angleterre parce que mes concitoyens ne l’aiment pas, et une fois qu’on a dit ça, on a tout dit.