22 juillet 2010

Je t'ai tant aimée (Chapitre XXII)

J’ai finalement accepté ce « au suivant », prononcé comme sentence, et, un peu par orgueil, puis par détachement, j’ai commencé à t’oublier, et ce n’était pas aussi terrible que ce que je craignais. Disons que la situation était facilitée par le fait que la décision venait de toi. J’ai donc continué ce que je n’avais jamais cessé de faire : me perdre dans des lits moches et sales, vomir de la vodka et dormir peu. Ce train de vie m’allait, feintais-je, jusqu’à ce que je reçoive un mail de ta part, une tentative explicite de reprendre contact après un regret implicite. J’ai longuement hésité sur la réponse à apporter à une telle démarche.
Tu ne le savais pas encore, mais le processus « au suivant » n’est véritablement efficace que s’il est complet. Tu effaces le numéro de téléphone, tu mâchouilles les jolis mots écrits sur des tickets de métro, des feuilles Seyès, ou n’importe quoi d’autre, tu salives tranquillement dessus jusqu’à ce que plus rien ne soit visible d’autre que le papier, tu patientes une paire d’heures et tu attends que ces mots sortent de ton corps par un autre orifice que celui par lequel ils sont rentrés. Tu fais couler ensuite 5 bons litres d’eau que tu laisses s’évacuer dans les égouts de l’oubli, tu appelles ensuite tes meilleurs amis pour leur signifier ton état d’esprit qui, s’ils sont vraiment tes meilleurs amis, te sortiront dans des endroits charmants, très à la mode et très bruyants, où là, tu mettras ta langue dans la bouche d’une inconnue dans votre plus parfaite indifférence réciproque, tu boiras 5 verres à moutarde plein de Vodka pure et tu rentreras chez toi en un slalom géant dont n’auraient pas à rougir les élèves d’une école de ski au niveau 2ème étoile. Même si certains la ratent.
Et surtout, surtout, quand il y a une tentative de réconciliation par celui qui est parti, il faut toujours, toujours, être prêt à dégainer la réponse assassine :
« t ki ? »