On a beau avoir toute l’indépendance et la volonté qu’on croit posséder, la vérité s’impose en nous avec un souffle qu’on ne peut soupçonner. Et je t’ai répondu, froid évidemment pour me donner contenance, tout autre chose qu’un lapidaire « t ki ».
D’autant que tu avais eu la prévoyance et l’intelligence de signer ton message.
Et que ce genre de démarche ne marche bien que par texto ! Avec un mail, où l’adresse électronique est souvent patronymique, adopter une telle stratégie relèverait de l’idiotie puérile !
Nous nous sommes donc remis à échanger, d’abord en sujets vains, puis, très rapidement encore, sur nous, plus intensément encore que ce que nous faisions auparavant.
C’est là que l’analogie avec les 2 histoires m’est apparu : j’étais avec toi, ce que Karine avait été avec moi. Et vu la manière dont cela avait tourné, cette position me gênait quelque peu.
Parce que je savais que tu allais souffrir, et je savais que j’allais te faire souffrir. Et puisque je souffrais déjà, secrètement, je me plaisais à croire que Karine, aussi, avait souffert lors de notre histoire. Ce qu’il faut de chagrin pour payer un frisson !
Tout était redevenu comme avant alors, et j’aurais pu m’en satisfaire, sauf que la virtualité de la situation me plaisait de moins en moins. L’amour doit être un escalier, dont chaque marche nous emmène toujours plus haut. Il n’est pas d’illusion d’optique, sais-tu, celle où ces moines marchent le long d’un carré ascendant mais restent en fait au même niveau. L’amour ne doit, ne peut aller qu'en montant, nous rapprochant tous et tout le temps de la marche au-delà de laquelle il n’est plus rien. C’est triste mais c’est ainsi. Et finalement, c’est moi qui ai dit « au suivant ». Pardonne-moi mon amour, mais c’était le mieux que je pouvais faire pour nous.