25 juillet 2010

Je t'ai tant aimée (Chapitre XXV)

J’ai commencé par arrêter de boire. C’était bien pour mon foie, pour mon évier, pour ma sécurité aussi, tant on est susceptible après le moindre demi-litre de Vodka pure ou les 5 premiers verres à moutarde remplis à ras bord de Caïpirinha framboise. J’ai également commencé à moins séduire, à dormir plus souvent seul. D’aucuns diront par manque de compétences. Laisse-les dire, ils n’ont sans doute pas tort. Et de toutes façons, j’avais accompli à peu près ce que je voulais dans ce domaine. Pas que j’en sois particulièrement fier a posteriori. Enfin, le temps d’une mauvaise nouvelle dans ma famille, j’ai réordonné les priorités de ma vie, dont je me targuais pourtant d’être le suprême ordonnanceur avisé depuis mon divorce. Conneries ! Dès que l’homme moderne a quelques bribes de confort, il s’empresse d’oublier ce qui lui a permis d’en arriver là pour surfaire ce confort. La vie est une maladie mortelle, c’est juste dommage quand on t’avance la date. Et c’est évidemment encore plus dommage quand c’est ton oncle, le frère de ta mère, le fils de ta grand-mère, le père de tes cousins, et un homme que tu as admiré entre autres.
Alors toi, mon amour inaccessible, dans tout ça …
Nous ne nous verrions jamais, j’en étais à présent convaincu. Et petit à petit, il devint évident que, comme Karine, j’étais devenu fin bâtisseur et que tes tentatives pathétiques pour essayer de voir ce qu’il se passait pour moi n’arriveraient jamais à franchir les murs de ma prison. Souvent en m’endormant, je me souvenais combien je pestais auprès de Karine au sujet de ces murs, combien j’avais enragé, devant elle, cette nuit du 18 janvier :
« Ces murs c’est de la connerie et tu le sais bien ! C’est de la connerie parce que la vie c’est pas ça ! Même si tu veux te protéger, il y en aura toujours un qui passera au-dessus, qui percera ces murailles et celui-là, ça sera moi, et ça aussi tu le sais très bien. »
Mes larmes coulaient au milieu de ma bave.
« Et tout ça, c’est aussi des conneries parce que qu’est-ce que tu vas faire alors ? Tu vas t’emmurer, te murer dans un enclos émotionnel ? Mais tu n’as pas 40 ans ! Il te reste des années, des amours à vivre ! Qu’est-ce que tu vas faire ? Prendre des émotions prêtes à déguster ? Au micro-onde ? Tu fais réchauffer 30 secondes, tu avales devant une série débile et tu vas te coucher ? Les émotions il faut les prendre dans la gueule, de plein fouet. Bonnes ou mauvaises. De toutes façons les mauvaises te laissent pas le choix ! On t’a donné un cœur, sers-t’en, bon sang ! Ressens ! »
Parfois, elle me faisait peur.
Et un soir, ce que je pensais, mes mots, sont passés au delà de la barrière que je lui faisais pour la protéger. Je lui ai hurlé :
« Tu seras vieille avant l’heure ! »

Oh mon amour, pardonne-moi.
Il n’y a guère que ces sentiments trop vifs pour blesser si profondément un cœur qui ne veut plus souffrir.
Pardonne-moi, aujourd’hui encore, d’avoir été si jeune.
Tellement puceau.