Ce samedi soir, le téléphone a sonné, et je savais qu’il était temps de faire ce que Karine n’avait jamais eu le courage de faire : rompre. J’ai donc pris l’appel, et je t’ai eue au bout du fil. Je ne sais pas pourquoi tu m’appelles quand tu es ivre. Je ne sais pas si je dois en être vexé ou honoré. Il y aurait des raisons de se vexer de n’être appelé que quand l’autre est saoul. Mais personnellement, quand je suis ivre, je n’appelle, je ne corresponds, qu’avec les gens auxquels je tiens au-delà de la raison. Un soir où j’étais éméché particulièrement tôt, téléphone à la main, mes amis me demandèrent :
« Qu’est-ce que tu fais ? »
J’eus alors beaucoup de mal à répondre :
« J’écris à la seule femme que j’ai jamais aimée ».
Mais bon, il ne suffit pas d’être appelé pour que je m’émeuve de cela. Il y avait dans ta voix une sensibilité, une fragilité, que je connaissais bien et qui m’avait déjà touchée. Je t’avais sous-estimée, j’avais oubliée combien tu pourrais m’atteindre droit au cœur, et ce soir-là encore, tu as gagné. Et j’ai gagné aussi, parce que je nous ai retrouvés. J’ai fondu, et j’ai plus que jamais regretté et la distance et ta situation.
Et tandis que je retrouvais l’amour que je n’aurais jamais dû ne pas avoir, je savais qu’il serait impossible qu’il s’accomplisse. Et je pleurais avec toi, les larmes de ce qui ne sera jamais possible.
"Adieu mon amour.
Je t'ai tant aimée."
Et j'ai raccroché.
C'est comme ça que ça s'est fini.